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plus aussi la région devient aride. Tel est le cas de l’Afrique australe, dont le soulèvement a amené, sur une grande partie de son étendue, le dessèchement progressif.


III

Si le soulèvement du continent africain, en précipitant l’écoulement des eaux pluviales et en leur ouvrant de nouvelles issues, est la principale cause de l’aridité du sol, la rapidité de l’évaporation provoquée par la sécheresse de l’atmosphère en est une autre qui à également une grande importance. Si l’homme n’a aucune action sur la première, il n’en est pas de même de cette dernière, dont il peut, dans une certaine mesure, atténuer l’énergie.

Les terres occupent sur la surface du globe environ 125 millions de kilomètres carrés, tandis que les mers en couvrent 380 millions, c’est-à-dire plus du triple. C’est l’eau qui s’évapore de celles-ci qui entretient l’humidité de l’atmosphère, forme les nuages et alimente sous forme de pluie, de neige, de grêle ou de rosée les sources, es torrens et les rivières qui tantôt embellissent et fertilisent les contrées qu’elles traversent, tantôt les dévastent et les ruinent. Cette évaporation est très considérable et doit être à peu près égale à la quantité d’eau que les fleuves restituent à la mer, puisque le niveau de celle-ci reste sensiblement le même ; elle a été évaluée par Metcalfe à 135 milliards de mètres cubes par jour et par Elisée Reclus à 85 milliards, quantités qui dépassent tout ce que notre imagination peut concevoir. L’évaporation des lacs situés dans l’intérieur des terres est plus active encore que celle des mers et augmente à mesure que la profondeur des eaux diminue. C’est ainsi que, lorsqu’on souffle sur un corps froid, la vapeur qu’on y dépose reste un moment stationnaire, puis disparaît presque subitement et d’autant plus vite que la surface humectée se réduit davantage. C’est à cette cause qu’il faut attribuer le dessèchement graduel du lac Ngami, aujourd’hui encombré de bancs de sable, et celui des nombreux étangs dont parle Livingstone, qui n’ont laissé d’autre trace de leur présence qu’une croûte de sel sur l’emplacement qu’ils avaient occupé.

L’air absorbe l’humidité jusqu’à ce qu’il soit saturé, mais la quantité d’eau nécessaire pour produire cette saturation varie avec la température ; en d’autres termes, la puissance d’absorption de l’air est d’autant plus grande que la température est plus élevée. D’autre part, le sol tend, par ses affinités chimiques, à retenir l’humidité qu’il contient, et cette qualité, qu’on appelle l’hygroscopicité, est