Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/191

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


II

Quand mourut Henri II, Catherine n’avait jamais eu à se prononcer sur les graves questions qui commençaient à agiter la France (1560). Elle promit d’abord au prince de Condé, à sa belle-mère Mme de Roye, à l’amiral, de faire cesser les persécutions contre les protestans. Villemadon, un gentilhomme de la reine de Navarre, lui rappelait à ce moment qu’elle avait goûté autrefois les psaumes de Marot, traduits en rimes françaises ; il lui recommandait de se fier aux princes du sang plutôt qu’aux Guises. Elle se plaignait à Mme de Montpensier, qu’elle savait être du parti des religionnaires, des exigences des Guises, de la froideur du connétable. Les protestans, trompés par ce langage, espéraient beaucoup d’elle.

Le roi de Navarre arrivait, répandant les encouragemens sur son chemin parmi les églises ; il assista au sacre du roi à Reims, le 18 septembre : les procédures contre Du Bourg n’en continuaient pas moins et l’église de Paris adressa à la reine mère une lettre des plus vives. Catherine fut offensée du ton âpre et dur de cette remontrance ; toutefois étant toujours sollicitée par Condé, par la dame de Roye et par l’amiral, « elle dit qu’elle n’entendait rien en cette doctrine ; et que ce qui l’avoit paravant esmeue à leur désirer bien estoit plustost une pitié et compassion naturelle qui accompagne volontiers les femmes, que pour estre autrement instruite et informée si leur doctrine estoit vraye ou fausse. Car quand elle considéroit ces propres gens estre ainsi cruellement meurtris, bruslés et tourmentés, non pour larrecin, volerie ou brigandage, mais simplement pour maintenir leurs opinions, et pour icelles aller à la mort comme aux nopces, elle estoit esmeue à croire qu’il y avoit quelque chose qui outrepassoit la raison naturelle. »

On ne négligea rien pour noircir les religionnaires aux yeux de la reine et pour les faire considérer comme des ennemis ; le peuple les accusait de toutes sortes d’horreurs. Catherine ne partagea pas ces créances populaires ; mais elle ne tarda pas à s’effrayer de l’audace des religionnaires : tout en s’alarmant des divisions du royaume, elle se promit d’en user pour affermir son autorité. On ne saurait espérer trouver même dans sa volumineuse correspondance tout le secret de ses desseins ; car sitôt qu’elle eut dans ses mains les fils embrouillés du pouvoir, elle se plut à les emmêler davantage ; elle ne se livra jamais entièrement à personne, elle vécut comme une déesse dans un nuage, sereine dans le bruit d’une cour traversée de mille projets, agitée de passions, de haine et d’ambitions sans merci. Ayant été si longtemps esclave, elle eut toujours peur d’un