Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/205

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ses sujets ; elle l’assure que « l’admirai, estant sy fort et sy puissant en ce royaulme comme il estoit, ne povoyt estre aultrement puny de sa rébellion et désobéissance que par la voye que l’on a esté contrainct d’exécuter tant en sa personne que ceulx qui tenoyent son party, aiœnt esté bien marry que sur l’esmotion, plusieurs aultres personnes de leur religion ont esté tués par les catholicques qui se ressentaient d’infinys maulx, pilleryes, meurtres et aultres meschans actes que l’on avoyt exercés et commis contre eulx durant les troubles. »

Rien ne saurait être plus clair : Catherine avoue le crime d’état, elle a fait tuer l’amiral et ceux de son parti, comme Henri III devait peu après faire tuer le duc de Guise, comme Louis XIII laissa tuer Concini ; elle revendique le droit de vie et de mort sur des sujets devenus un danger pour l’état ; quant au massacre proprement dit, c’est l’effet d’une émotion populaire, un de ces crimes anonymes comme on en trouve dans l’histoire de tous les peuples. La reine mère a frappé la tête de la rébellion, d’autres ont fait la sanglante curée. Que Coligny fût condamné dans sa pensée depuis longtemps, on ne pourrait guère en douter ; il était trop grand, trop incorruptible ; dès qu’elle pensait user envers lui d’un droit royal, on ne saurait trop lui reprocher une dissimulation nécessaire. La fin était odieuse, les moyens ne pouvaient pas ne pas être odieux.

La reine dit à Cuniga : « La chose est-elle assez bien faite ? Suis-je hérétique comme le disaient des Français ? » — Cuniga, l’ambassadeur d’Espagne, ne crut pas à la préméditation ; il était nouvellement arrivé en France et ses lettres sont pleines d’erreurs. Il faut pourtant noter son opinion. « Le massacre, écrivait-il, est un acte non pas prémédité, mais inopiné ; ils ne voulaient la mort que de l’amiral, en faisant croire que le duc de Guise en était l’auteur ; ils comptaient se disculper de ce meurtre près des principaux huguenots du royaume, de ceux d’Angleterre et des protestans d’Allemagne. » Catherine se fit gloire du massacre auprès de son gendre le roi d’Espagne : « Monsieur mon fils, je ne fais nul doute que ne ressentiez comme nous mesme le heur que Dieu nous ha fayte de donner le moyen au roy mon fils de se défaire de ses sujets rebelles à Dieu et à luy. »

Elle ne put s’empêcher de rire aux éclats, en se tournant vers les ambassadeurs, quand elle vit Henri de Navarre arriver aux vêpres dans la chapelle de l’ordre de Saint-Michel, s’incliner devant l’autel et saluer les dames. Le roi de France, non-seulement, donna ordre de continuer l’extermination des hérétiques dans les provinces, il songea même aux protestans prisonniers du duc d’Albe ; il donna ordre à Montdoucet, l’agent de la France, de les laisser exterminer