Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/209

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Certaines idées ne peuvent venir qu’à un Anglais, il est des entreprises dont un fils d’Albion est seul capable. Celle qu’avait imaginée M. Henry Lansdell n’est assurément pas commune, et il peut être fier de l’avoir menée à bonne fin par son courage, par son indomptable persévérance, par son sublime entêtement. Il avait jadis pour principe, c’est lui-même qui nous le dit, qu’il faut faire en sa vie une part au plaisir, une autre au travail. « Amusez-vous quand vous vous amusez, travaillez quand vous travaillez : Play when you play, and work when you work, » telle était sa maxime. Mais il se ravisa ; il s’aperçut qu’on n’est vraiment heureux que lorsqu’on se rend utile, et il résolut de consacrer désormais ses vacances d’été à l’étude comparée des prisons dans tout l’univers habitable. Il commença par l’Angleterre, par Newgate, Portland et Millbank, après quoi, son idée en tête, il parcourut à plusieurs reprises tout le continent, sans oublier la Suède, la Finlande, la Roumanie, la Russie d’Europe. Quoiqu’on n’entre pas dans une prison comme dans un moulin, il fut partout bien accueilli, les portes les mieux fermées s’ouvrirent devant lui. Il n’a pas seulement l’opiniâtreté britannique, il a beaucoup d’entregent, une merveilleuse dextérité, des grâces insinuantes et persuasives, le talent de se faire bien venir, l’art de toucher les hommes, d’apprivoiser les grilles et les verrous. Il ne nous dit pas comment il s’y est pris, mais nous gagnerions peu à le savoir. Le magnétisme est un don