Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/225

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comme de fait, le Second-Théâtre-Français, » et la rive droite aurait eu l’Odéon régénéré. Enfin, récemment, un membre de la commission des auteurs parlait de mettre l’Odéon auprès du Conservatoire : où qu’on le mette, il y sera mieux que dans ce désert où on le laisse.

En attendant cette solution peut-être un peu hardie, faut-il refaire l’expérience faite sans bonheur en 1834, 35 et 37 ? Faut-il réunir le Théâtre-Français et l’Odéon sous un même directeur ? Dernièrement on assurait que le ministre des beaux-arts y pensait : par malheur, il n’a fait qu’y penser et passer. Il aurait recopié sans doute l’arrêté du 1er septembre 1837 signé Montalivet ; il n’a pu que le lire. Plusieurs critiques, s’étaient élevés contre ce projet, attendu que, d’après eux, un Second-Théâtre-Français, ainsi annexé au premier, au lieu d’en être le séminaire, pour le grand bien des lettres, n’en serait proprement que la succursale, pour le profit des sociétaires. Nous pensions qu’on ne risquait que peu de chose à exécuter ce dessein ; nous préférions aux certitudes présentes les incertitudes de l’avenir. Si le nouveau gouvernement de ROdéon eût mal usé de ses pouvoirs, on en eût été quitte pour ne pas les renouveler ou même en abréger la durée ; en admettant qu’un autre état fût pire que l’actuel, il eût toujours été temps de revenir à celui-ci ; l’épreuve, à notre avis, ne pouvait guère être plus funeste que le statu que prolongé. Cependant on a quitté ce projet. Que va-t-on faire ? Entre nous, je suppose qu’on ne fera rien. Sans dire de la chambre tout le mal que M. Gambetta pense d’elle, il est permis d’insinuer qu’elle n’a pas l’esprit tourné aux beaux-arts. C’est dommage, car si l’on ne veut ni transporter ROdéon sur la rive droite, ni le réunir à la Comédie-Française, il conviendrait du moins d’augmenter sa subvention et de modifier son cahier des charges, de façon qu’un » directeur intelligent, actif et consciencieux pût y rendre quelque service à la littérature et aux jeunes gens. Ici, M. de La Rounat, qui a le droit de se croire ce directeur-là, — car il se souvient de l’avoir été jusqu’en 1867, — M. de La Rounat cligne des yeux et commence à être de notre avis. Dans ces conditions, il se flatte de redevenir ce qu’il fut : nous lui souhaitons au moins d’être mis au défi.

Comparez, en effet, la situation de l’Odéon à celle des autres théâtres. Combien ceux-ci, mieux placés dans Paris et plus libres, sont plus heureux ! La salle de la Gaîté, après divers désastres et un long abandon, est rouverte depuis huit mois à peine. Les directeurs, après quelques essais, ont trouvé ce titre : Quatre-vingt-treize, et ce nom : Victor Hugo, pour attirer le public. Quand la vertu de ce litre et de ce nom s’est épuisée, qu’ont-ils fait ? Ils ne se sont pas mis en grands frais d’imagination ; ils ont repris ce vieux mélo : la Closerie des genêts ; ils l’ont repris simplement avec de vieux acteurs, et même avec une jeune actrice, que nous avions vue l’an dernier, nous critiques, à l’Odéon : avec MM. Dumaine et Clément Just, avec Mlle Marcelle Jullien ; ils ont renforcé