Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/226

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ce gros de transfuges de M. Talien, — un odéonien d’autrefois, — de M. Romain, un beau jeune premier, et de Mme Largilière, une jeune première pathétique, mais qui n’auraient ni l’un ni l’autre, je suppose, la prétention de faire passer les ponts aux promeneurs du boulevard. Eh bien ! ces promeneurs sont accourus, et la Closerie des genêts, malgré le suranné du style et de certaines parties de l’intrigue, a fait couler plus de larmes qu’à la Porte-Saint-Martin le Donjon des étangs, un drame pseudo-historique de M. Ferdinand Dugué, n’a excité d’éclats de rire. C’est que la Gaîté est sise dans un quartier habité : s’il prétend subsister avec les ressources qu’il a, M. de La Rounat devrait s’adresser à une agence d’immigration pour repeupler « l’Odéonie. »

Voyez le Gymnase : après la campagne malheureuse de l’an dernier, après les Braves Gens, le Mariage d’Olympe, Miss Fanfare et Monte-Carlo, M. Koning a rencontré enfin avec Serge Panine le succès que méritaient son courage et son industrie. Serge Panine a besoin de repos ; plusieurs nouveautés importantes, sur lesquelles comptait M. Koning, viennent à lui manquer par la malchance ou par la paresse des auteurs. Est-il pris au dépourvu ? Nullement. Il monte un spectacle coupé : les Débuts de Pluchette, un vaudeville de MM. Pierre Decourcelle et Redelsperger, sans prétentions mais non sans gaîté, joué gentiment par Mlle Raynard, et la Carte forcée, une comédie romanesque de MM. Crémieux et Pernéty, dont l’intrigue pourrait être plus neuve, mais dont le dialogue est agréable et que jouent avec adresse Mme Marie Magnier et M. Lagrange, Mmes Pasca et Lemercier. Ce spectacle est lesté par une bouffonnerie de M. Busnach, la Chambre nuptiale, où M. Saint-Germain est doublé par M. Corbin. Et vogue la galère ! M. Koning attendra sans peine jusqu’à la reprise de Madame Caverlet, la belle comédie d’Augier. Comment ? C’est que le Gymnase est situé sur le boulevard. Beaucoup de gens passent devant : quelques-uns s’y arrêtent. Ils s’arrêteraient peut-être, ceux-là, sur la place de l’Odéon : par malheur, ils n’y passent pas. Je reviens à mon idée, j’y insiste : Monsieur de La Rounat, faites venir des Chinois !

Un vieux mélodrame remplit la Gaîté, un spectacle coupé fait subsister le Gymnase ; ni l’un ni l’autre expédient ne vaudrait rien à l’Odéon. Ici, pour attirer l’attention de la foule, il faut maintenant frapper de grands coups ; et le directeur est à peu près dans la situation d’un homme abandonné sur un îlot et tenu de tirer le canon chaque jour pour qu’on lui apporte des vivres : seulement cet homme n’a qu’une charge de poudre, qui doit Dürer toute l’année. M. de La Rounat le sait bien ; il vient de tirer le canon : il a commandé une traduction en vers de l’Othello de Shakspeare à un jeune poète, M. Louis de Gramont, et il a représenté son ouvrage. L’effort de M. de La Rounat est louable et son zèle méritoire. Il faut, en effet, si l’on prétend que ce théâtre dure beaucoup au-delà de son centenaire, risquer de ces