Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/236

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Voilà qui est clair, au moins quant aux intentions révolutionnaires qui se traduisent dans ces déclamations. Est-ce là ce qu’on veut ? Est-ce le chef de la « commune primordiale » qu’on se propose d’instituer pour rester en bonne amitié avec le conseil municipal ? — Il ne s’agit de rien de semblable dans le projet qui se prépare, dira-t-on. On ne donnera au maire que des droits modestes sur les halles ou sur l’éclairage des rues ; on lui laissera, avec l’indemnité due à sa haute position, la faculté de mettre une perruque comme le lord maire ou de revêtir l’écharpe du « roi Pétion » pour figurer dans les cérémonies publiques, On aura peut-être ainsi la paix ! En est-on bien sûr ? D’abord, dès qu’on cède à une idée ou à une fantaisie révolutionnaire, dès qu’on la laisse entrer dans les faits, on ne sait plus ce qu’elle deviendra ; une institution, si modeste qu’elle soit à son début, tend sans cesse à se développer selon la logique qui l’a mise au monde. Ensuite, s’il y a ces usurpations qu’on prévoit, puisqu’on se prémunit contre elles, si l’on est obligé de contenir ce maire dans les attributions qu’on lui mesure, c’est donc le conflit en permanence qu’on prépare ! c’est donc la confusion qu’on prétend organiser !

La vérité qu’on ne veut pas s’avouer, c’est que Paris est bien réellement, non ce que disent les radicaux, mais une ville à part, placée dans des conditions tout exceptionnelles, appelant par suite une organisation spéciale, où l’état, qui représente la France, qui ne veut pas subir la loi de la « commune primordiale, » trouve ses garanties. Qu’on cherche en dehors de ce maire, qui ne peut être qu’une excentricité d’ostentation ou un périlleux embarras, une organisation sérieuse, rien de mieux, assurément. Qu’on s’ingénie à découvrir les moyens de proportionner la représentation municipale de Paris, non-seulement aux opinions mobiles d’une population flottante, mais à cette masse d’intérêts moraux, intellectuels, industriels qui affluent dans la cité, qui ne sont certes représentés que d’une manière bien inégale dans le conseil d’aujourd’hui, ce sera encore mieux. Le problème peut être difficile, il n’est point sans doute insoluble ; on ne le résoudra pas, dans tous les cas, en commençant par tout confondre, en rendant les armes devant des sommations de parti de peur de paraître résister, en décrétant des institutions factices en désaccord avec la vérité des choses, avec les intérêts de Paris lui-même, du vrai Paris, aussi bien qu’avec les intérêts généraux du pays.

Lorsqu’on agit avec incohérence dans des lois qui touchent aux institutions municipales, à l’administration ou à la justice, ce n’est point certes sans inconvénient puisque le résultat est démettre l’instabilité et l’obscurité partout ; mais le danger est bien autrement grave dans les affaires militaires, où l’on dirait que, par un fatal privilège, se concentrent plus que jamais toutes les faiblesses, toutes les fantaisies, tous les instincts de désorganisation. C’est devenu une