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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 mai.

Un jour, — on dirait qu’il y a de cela un siècle et il y a tout au plus six ou sept ans, — M. Gambetta, dans un discours du genre persuasif, mettait le zèle le plus édifiant à convertir les libéraux, les conservateurs de l’assemblée nationale. Il se gardait bien de les effrayer en se montrant comme il le disait, « excessif, exclusif, rebelle à tout compromis, à toute transaction ; » il s’efforçait, au contraire, en tacticien habile, de les rassurer, de leur prouver que, n’ayant pu rétablir la monarchie, ils n’avaient rien de mieux à faire que d’organiser la république où ils auraient leur place, dont ils auraient la direction. Il offrait vraiment de capituler entre leurs mains, c’était son mot, s’ils voulaient faire un « gouvernement modéré et conservateur, » et comme on riait à droite en l’entendant parler avec insistance de la république conservatrice, il ajoutait aussitôt : « Il vous plaît de rire à ces mots de république conservatrice. Eh bien ! soyez convaincus que, lorsque vous aurez épuisé toutes les combinaisons qui hantent encore l’esprit de certains de nos collègues, lorsqu’il aura bien fallu finir par remettre à la France le dépôt de sa souveraineté et que, conformément à son génie, elle aura un gouvernement républicain, alors vous ne rirez plus de la république conservatrice ; vous la demanderez et vous aurez raison. » L’histoire ajoute qu’à ces mots la gauche applaudissait. Voilà qui est au mieux ! Ceux qui demandent aujourd’hui la république conservatrice ont donc raison, au dire de M. Gambetta, et ils ont d’autant plus raison que, depuis le jour où l’assemblée entendait ce langage, on a fait du chemin, avec l’aide de M. Gambetta lui-même, qui a sans doute oublié ce qu’il disait autrefois.

Oui certes, on a fait du chemin et on en fait tous les jours sans trop regarder où l’on va. On ne se défend plus d’être exclusif. On n’offre