Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/473

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plus aux libéraux et aux conservateurs une place en proportion des intérêts qu’ils représentent. On ne parle plus d’un gouvernement modéré. On prétend créer une république nouvelle avec de vieux préjugés et de vieilles passions de parti, en ajoutant quelques grands mots plus retentissans que sérieux, et récemment encore, il n’y a plus sept ans de cela, il n’y a que quelques jours, M. Gambetta disait sans sourciller dans un banquet : « Il y a une politique qui domine et surpasse toutes les politiques parlementaires, c’est la politique du suffrage universel, c’est-à-dire d’une démocratie militante, vivante, agissante et souveraine. » Qu’est-ce que peut bien être cette politique que M. Gambetta a si clairement définie à la satisfaction de ses auditeurs qui se sont empressés d’applaudir ? Est-ce la politique que quelques-uns des ministres et des sous-secrétaires d’État du 14 novembre sont allés dernièrement promulguer en province, dans leurs discours des vacances ? Est-ce la politique qui s’est traduite depuis le 26 janvier par cette multitude de propositions qu’on connaît sur l’armée, sur la magistrature, sur les associations, sur le concordat, sur les chemins de fer, sur tout cela et sur bien d’autres choses encore ? Il serait pourtant intéressant de savoir ce qui en est, quelle est en définitive cette république nouvelle qu’on prétend substituer à la république conservatrice dont M. Gambetta disait, par un pressentiment trop justifié : « Vous la demanderez et vous aurez raison ! »

Ce n’est point sans doute qu’on doive toujours s’arrêter à des mots et que la république cesse d’être un régime suffisamment rassurant parce qu’elle tend sans cesse à se développer, parce qu’elle comporte un certain mouvement, une certaine activité, un certain goût des innovations et des expériences. Qu’on veuille marcher, essayer des réformes, réaliser des progrès ou ce qu’on appellera des progrès, soit. Les chambres, qui viennent de se réunir et qui ont recommencé leurs travaux, sans beaucoup de bruit, sont faites pour cela. Elles vont avoir probablement à s’occuper d’ici à peu de toutes ces propositions, de tous ces projets qui sont demeurés en suspens ou que le gouvernement prépare, de la loi militaire et de la loi sur la magistrature, d’une réorganisation municipale et du budget. Elles y joindront, selon toute apparence, un certain nombre d’interpellations sur quelques affaires sérieuses, et sur bien des banalités. Sous quelle influence s’accomplit ce travail qui touche réellement à tout, qui est censé être l’expression de la politique républicaine dans la phase nouvelle où l’on est entré depuis quelques années ? C’est là précisément la question. Il faut aller au fond des choses. Le danger aujourd’hui est l’esprit même qui préside à tout ce mouvement, qui tend à dénaturer la république par les fantaisies révolutionnaires, qui confond l’activité féconde et l’agitation stérile, les réformes vraies et ce qui n’est que la subversion des institutions et des intérêts, — qui fait de la politique avec les plus vulgaires