Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/489

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


imposer l’attention. Certaines inexpériences de l’honnête éditeur y furent bien aussi pour quelque chose. Tout art ou tout métier a ses petits secrets, ses ruses, ses trompe-l’œil, ses amorces que connaissent seuls ceux qui l’ont longuement pratiqué, l’art de la typographie peut-être plus que tout autre. M. Estignard était parfaitement excusable d’ignorer ces habiletés ; malheureusement, sa publication s’en est ressentie. Le livre était loin de séduire par son aspect typographique. Rien de plus monotone et de plus déplaisant à l’œil que cette longue suite de cent vingt-quatre lettres mises à la file les unes des autres sans autre séparation que leur numéro d’ordre, chacune commençant à l’endroit de la page où finit la précédente. Pourquoi M. Estignard n’a-t-il pas eu l’idée de consulter quelque littérateur ancien ami de Nodier, M. Victor Hugo, par exemple, qui a été son collègue à l’assemblée de 1871 et qui se serait fait certainement un plaisir de lui apprendre de quelle utilité et de quelle importance sont en typographie les blancs, vides ou intervalles ? Le texte aussi, il faut le dire, aurait eu besoin d’être mieux éclairé qu’il ne l’était. L’absence à peu près complète de toute date et de toute indication de localité enlève à cette lecture une grande partie de son attrait et la rend trop souvent laborieuse. Ce défaut est sans trop d’importance à partir de la restauration, époque à laquelle Nodier commença seulement à se fixer sérieusement ; mais il est embarrassant au possible pour les années de sa longue jeunesse, où il dépensa sa vie en tant de lieux. Presque jamais on n’est sur de l’année à laquelle telle ou telle de ces lettres doit se rapporter ; l’éditeur seul pourrait nous sortir d’embarras, et malheureusement il nous y laisse sans se douter que c’est précisément la besogne de l’éditeur de dissiper de semblables obscurités. Un peu de commentaire n’aurait pas nui non plus. Je sais bien que la tendance actuelle est d’abuser du commentaire, d’en masquer, d’en étouffer l’auteur qu’on édite ; mais ce n’est pas une manière triomphante d’éviter un excès que de donner trop absolument dans l’excès contraire. Nous pouvons assurer M. Estignard que quelques notes sur les amis, camarades, connaissances et protecteurs de Nodier, dont la plupart sont restés parfaitement obscurs, auraient été fort bien accueillies du lecteur. Enfin il y a des lacunes dans cette correspondance ; telle lettre est souvent séparée de la suivante par des intervalles de temps relativement considérables ; il n’eût pas été mal que l’éditeur prît la plume en son nom pour combler ces lacunes par des exposés détaillés de la vie de Nodier pendant les périodes pour lesquelles manque la correspondance. Et cependant, en dépit de ces imperfections, cette publication méritait mieux que le froid accueil qui lui a été fait. Si l’on y cherche des révélations sur les divers