Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/518

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Au bout de quelques mois, O’Connell reconnut que sur le maintien de l’union législative entre l’Angleterre et l’Irlande les whigs étaient aussi intraitables que les tories. Aussitôt il reprit sa campagne séparatiste. Une grande démonstration antiunioniste fut convoquée pour le 27 décembre. L’autorité annonça l’intention de s’y opposer. O’Connell, au lieu de s’entêter, abandonna son projet, de manière à se donner les apparences de la modération ; mais il organisa pour le lendemain 28 décembre une autre manifestation, moins bruyante et réglée de manière à éluder les difficultés légales. Puis, avec la fertilité de ressources qui était un des traits de son esprit, il prononça lui-même la dissolution de la société des volontaires irlandais, en ayant soin de la remplacer par une autre organisation tout aussi efficace, bien qu’un peu plus compliquée. Un club était formé pour s’occuper des questions électorales, et une société pour discuter les avantages et les inconvéniens de l’union. Club et société étaient sous la main d’O’Connell. C’était donc toujours lui qui dirigeait l’agitation ; c’était lui qui était à la tête d’un gouvernement plus populaire, plus puissant, plus obéi que celui qui siégeait au château de Dublin.

Lord Anglesey était un vieux soldat peu endurant. Pendant sa première vice-royauté, il s’était brouillé avec Wellington pour avoir soutenu énergiquement les réclamations des catholiques irlandais. Il croyait donc avoir quelques droits à leur reconnaissance et n’en fut que plus péniblement affecté de la guerre acharnée qui lui était faite. Il demanda et obtint l’autorisation de sévir contre les agitateurs. Une nouvelle démonstration, annoncée pour le 13 janvier 1831, fut interdite et dispersée. Peu de jours après, O’Connell était arrêté et traduit devant le grand jury sous trente et un chefs d’accusation, dont dix-sept relevaient le crime de conspiration. Le grand-jury, remplissant l’office de notre chambre des mises en accusation, n’avait à se prononcer que sur le renvoi d’O’Connell devant la cour d’assises. Le débat préliminaire allait s’ouvrir le 17 février, lorsque le bruit se répandit qu’une transaction était intervenue entre l’accusé et le ministère public. O’Connell, en effet, avait consenti à se laisser condamner par défaut sur les quatorze premiers chefs, à la condition que l’attorney-général, Blackburn, abandonnerait les dix-sept chefs relatifs au crime de conspiration. Le grand agitateur irlandais était tellement redouté du gouvernement et des magistrats, on craignait à tel point son action sur le jury, que l’on regarda cet arrangement comme un succès pour le vice-roi. L’affaire fut renvoyée au premier jour après les vacances de Pâques. O’Connell fut mis en liberté provisoire et partit pour Londres afin d’assister aux séances du parlement. Le ministère se débattait alors avec les difficultés que rencontrait son grand projet de réforme électorale. Pour