Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/527

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L’arrivée de Robert Peel, le 9 décembre, mit fin à cette situation anormale, mais non pas aux difficultés créées par l’accès de mauvaise humeur de Guillaume IV. Non-seulement le parti conservateur était en minorité dans la chambre des communes, mais il n’y comptait pas, en dehors de son chef, un seul orateur marquant. Aussi Peel aurait-il voulu faire un ministère de coalition avec les dissidens du parti libéral, avec Stanley et Graham. Ayant rencontré de ce côté un refus poli, il se décida à tenter l’aventure avec un cabinet purement conservateur ; le 10 décembre, il présentait au roi sa liste ministérielle, sur laquelle Wellington figurait comme ministre des affaires étrangères et Lyndhurst comme lord-chancelier ; le 17, il adressait à ses électeurs de Tamworth un manifeste destiné en réalité à l’Angleterre tout entière : programme de gouvernement sage et conciliant, tellement sage et tellement conciliant qu’il désappointa les conservateurs extrêmes. La publication du manifeste de Tamworth dénotait l’intention de faire à bref délai un appel au pays. En effet, le parlement fut dissous dans les derniers jours de l’année et les élections générales se firent immédiatement. Ce fut une faute. Peel aurait mieux fait de suivre la tactique adoptée par Pitt dans une situation semblable. Pitt, en présence d’une chambre des communes absolument hostile, avait attendu plusieurs mois avant de la dissoudre, et ce temps n’avait pas été perdu pour lui, car les débats de la chambre avaient grandement contribué à lui ramener l’opinion. Peel préféra engager tout de suite la bataille électorale. C’était jouer son va-tout : car il n’est pas admis en Angleterre qu’un ministère puisse employer deux fois de suite le procédé de la dissolution.

Pour reconquérir la majorité, il aurait fallu gagner cent cinquante sièges. On n’atteignit pas le but, mais on en approcha. Les conservateurs, dans la nouvelle chambre, se trouvaient presque à égalité avec les libéraux. Dans le vote pour l’élection du président, ils furent 306 contre 316. Peel n’abandonna pas la partie après cette première épreuve. Soit qu’il espérât déplacer, à force d’énergie et d’habileté, les quelques voix qui lui manquaient, soit qu’il voulût seulement donner sa mesure avant de tomber, il conserva le pouvoir pendant plusieurs mois, soutenant presque seul la lutte contre les orateurs de l’opposition, présentant des projets de lois qui étaient invariablement repoussés par la chambre, mais dont quelques-uns ne faisaient pas mauvaise impression sur le public. Enfin, le 7 avril 1835, un vote décisif eut lieu. Il s’agissait toujours de la terrible question de l’église d’Irlande, l’écueil de tous les ministères. Peel avait présenté un projet de loi remplaçant la dîme par une rente de 75 pour 100 de sa valeur. La chambre, sur la proposition de Russell, déclara par