Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/534

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paiement d’une indemnité aux députés ; division du Royaume-Uni en circonscriptions électorales contenant un nombre égal d’électeurs. C’était, à peu de chose près, le système électoral que la république devait, dix ans plus tard, établir en France. Les organisateurs du meeting de Birmingham avaient trouvé un programme : ils n’avaient pas trouvé un mot pour le résumer, une étiquette pour le graver dans l’esprit de la foule. O’Connell se chargea de leur fournir ce qui leur manquait. Quelques-uns des signataires de la pétition étant allés lui demander son appui, il le leur promit et il ajouta : « Ne vous arrêtez pas jusqu’à ce que vous ayez obtenu ces six points ; ce sera la charte du peuple. » Le mot fit fortune ; il était d’ailleurs merveilleusement trouvé pour frapper l’imagination populaire. O’Connell était un inventeur de formules : c’était une de ses forces. Pendant dix ans, la charte du peuple fut l’espoir des classes ouvrières, la terreur de l’aristocratie et de la bourgeoisie, le thème des discussions de la presse et de la tribune.

L’âme du mouvement chartiste était un Mandais dont nous avons tout à l’heure prononcé le nom. Fils d’un petit propriétaire protestant, Feargus O’Connor était né à Cork en 1796. Il avait pris la carrière du barreau. En 1832, il était élu membre du parlement pour le comté de Cork. En 1838, il figure parmi les organisateurs du meeting de Birmingham. A partir de ce moment, il joue le premier rôle dans toutes les manifestations chartistes. C’était un homme de haute stature et d’une force herculéenne, deux grandes conditions pour faire impression sur les foules. Comme orateur de réunions publiques, il n’approchait pas d’O’Connell ; il était à son illustre compatriote ce que Danton était à Mirabeau ; c’était l’O’Connell de la populace. De 1838 à 1842, il organisa meetings sur meetings, fit signer pétitions sur pétitions. Après le meeting de Birmingham, les chartistes des diverses parties de l’Angleterre envoyèrent à Londres des délégués qui prirent audacieusement le nom de convention nationale et qui choisirent parmi eux un comité de salut public. Le faible cabinet de lord Melbourne laissait faire. Le 14 mai 1839, un des meneurs du parti, Atwood, déposait sur le bureau de la chambre des communes une pétition revêtue, disait-il, de un million deux cent quatre-vingt mille signatures. Ce document était écrit sur un rouleau de parchemin formant un cylindre du diamètre d’une roue de voiture. Pour l’introduire dans la chambre des communes, il fallut le rouler. Malgré l’aspect imposant de cette masse de papier, la pétition fut rejetée par trois cent trente-cinq voix contre quarante-six.

En dépit de ce vote, l’agitation chartiste ne fit que s’accroître, et bientôt les manifestations se transformèrent en petites émeutes. Le 4 juin, un meeting de deux mille personnes se réunit le soir, dans