Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/544

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encourager dans leurs illusions, il les avertit très sincèrement qu’ils ne devaient pas compter sur l’appui de la France. Il leur dit : « Nous sommes en paix et désirons rester en bons rapports d’égalité non avec telle ou telle partie de la Grande-Bretagne, mais avec la Grande-Bretagne tout entière… Cette conduite nous est inspirée, quelque pénible qu’elle soit, par le droit des gens autant que par nos souvenirs historiques. » Ils revinrent en Irlande fort désappointés. Mitchel, pendant ce temps, continuait sa campagne personnelle dans l’United Irishman. Chaque numéro contenait, non-seulement des appels à l’insurrection, mais un véritable cours technique sur les moyens de se procurer des armes ou d’en fabriquer, de s’organiser, d’attaquer la troupe ou la police.

Le parti libéral, qui était rentré au pouvoir en 1846, n’était pas plus disposé que ne l’aurait été le parti conservateur lui-même à tolérer ces excitations à la guerre civile. Le cabinet présidé par lord John Russell présenta et fît voter rapidement un projet de loi autorisant’ le gouvernement à traduire devant des tribunaux d’exception ceux qui par paroles ou par écrits troubleraient la tranquillité publique. Cette loi souleva l’indignation des Jeunes-Irlandais, qui la flétrirent du nom de loi du bâillon. En vertu des pouvoirs exceptionnels qu’elle conférait au gouvernement, le lord lieutenant d’Irlande, lord Clarendon, fit lancer des mandats d’arrêt contre Smith O’Brien, Meagher et Mitchel comme prévenus de pratiques séditieuses tendant à troubler l’ordre public. O’Brien et Meagher furent déchargés de l’accusation par le grand jury. Mitchel seul fut renvoyé devant une commission spéciale, sous la prévention de haute trahison. Il se défendit avec beaucoup d’énergie, mais avec une extrême violence. Il adressa au lord-lieutenant une lettre dont la suscription était ainsi libellée : « Au très honorable exécuteur des hautes œuvres de Sa Majesté, au boucher de l’Irlande. » Appellations aussi injurieuses qu’imméritées, car lord Clarendon avait usé de toute la modération compatible avec les pénibles devoirs qui lui étaient imposés. Mitchel fut condamné à quatorze ans de déportation.

Smith O’Brien et Meagher, à la suite de la décision du grand jury qui les remettait en liberté, se transportèrent dans le midi de l’Irlande. Ils hésitaient encore entre l’agitation et l’insurrection. En fait, ils n’avaient plus le choix. S’ils avaient refusé de marcher, leurs partisans auraient marché sans eux. Il aurait fallu toute l’autorité d’un O’Connell pour empêcher, dans cette situation, les fusils de partir. L’insurrection était inévitable, la défaite ne l’était pas moins. Les partisans d’O’Brien, mal armés et sans expérience, ne remportèrent même pas quelques légers succès, comme les Irlandais-Unis en 1798. Ils attaquèrent, à Ballingary, dans le comté de Tipperary, un corps de police qui se barricada dans une maison de campagne et