Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/543

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de la population irlandaise pourrissait en terre. On revit les scènes épouvantables qui s’étaient produites pendant la famine de 1821 : les paysans abandonnant leurs champs qui ne produisaient plus rien et venant tendre la main dans les villes ; des femmes, des enfans, des vieillards, mourant d’inanition sur le bord des grandes routes. En vain le gouvernement et les particuliers multiplièrent leurs efforts pour venir au secours de cette malheureuse population. En vain le cabinet de Robert Peel et celui de lord John Russell, qui lui succéda en 1846, modifièrent le régime douanier de l’Angleterre et ses lois sur la navigation, afin de faciliter l’importation des grains ; en vain ils améliorèrent le système de la loi des pauvres en Irlande et dépensèrent des sommes considérables pour le soulagement de ce pays. Quand la famine fut terminée, on put constater que la population de l’Irlande, en deux ans, était descendue de 8 millions à 6 millions d’âmes. Cette effroyable dépopulation, heureusement, n’eut pas pour unique cause la mortalité. L’émigration y contribua pour une large part. Les souffrances de la famine, la découverte de gisemens d’or en Amérique, enfin les facilités que le gouvernement sut donner à l’émigration, tout poussa les Irlandais dans cette voie. Les bras qui seraient restés sans emploi en Irlande allèrent s’utiliser de l’autre côté de l’Atlantique, et par un curieux phénomène de transformisme, ces mêmes Irlandais si insoucians et si imprévoyans sur le sol natal, devinrent, après leur transplantation, des hommes énergiques, laborieux, économes. Une Irlande nouvelle se forma au-delà des mers. Les Irlandais établis aux États-Unis devinrent assez nombreux, assez riches, assez influens, pour jouer un rôle important dans la grande république américaine.

Une récolte passable, en 1847, amena quelque soulagement aux souffrances de l’Irlande ; mais l’ère des agitations n’était pas fermée pour ce malheureux pays. La révolution de février vint réveiller les espérances des chefs de la Jeune-Irlande. Après avoir reproché à O’Connell la timidité de sa politique, ils étaient tenus de se montrer plus hardis que lui. Cependant des hésitations et des divisions se produisirent parmi eux. Tandis que Mitchel, dans l’United Irishman, poussait à l’action immédiate, Smith O’Brien et sir Charles Gavan Duffy, dans la Nation, prêchaient la prudence et la temporisation. Comme Edouard Fitzgerald pendant la première révolution, ils comptaient sur l’appui de la France. Malheureusement pour eux les temps étaient bien changés. La république de 1848 n’était pas la république de 1792. Lamartine avait écrit l’Histoire des girondins, mais n’était pas disposé, comme Brissot et ses amis, à entrer en guerre contre toute l’Europe. Smith O’Brien se rendit à Paris, accompagné de deux de ses amis, Mac-Dermott et O’Gorman. Lamartine les reçut avec sa bienveillance ordinaire, mais, loin de les