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I. LA GRANDE PEINTURE ET LES GRANDS TABLEAUX.


Le Salon de 1882 a un caractère très significatif. Il marque l’intrusion des scènes banales ou vulgaires de la vie contemporaine dans la grande peinture. Il témoigne aussi, en des limites étendues, du renouvellement des procédés techniques sous l’inspiration de la petite église dont M. Manet a été le précurseur bafoué et dont M. Bastien-Lepage est l’apôtre glorieux. Le Salon est à la fois naturaliste et impressionniste.

Le triomphe de ces deux mouvemens similaires sera-t-il de longue durée ? Déjà, il semble qu’en littérature le naturalisme, ayant atteint les dernières couches de la boue, est désormais sans objet ; mais, en peinture, son champ est encore vaste. Les artistes ne sauraient résister au courant, sollicités qu’ils sont et par l’état et la ville de Paris qui imposent certains sujets, et par le public qui n’a de sincère curiosité que pour les scènes modernes. Ce qu’on est convenu d’appeler le vrai est seul à la mode aujourd’hui, comme si le vrai en art n’était pas aussi une convention. Pour nous, nous déplorons l’indifférence où est tombée la grande peinture telle qu’on la comprenait autrefois. Non-seulement nous avons la naïveté de croire qu’on peut