Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/583

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parfums orientaux, » à ce que dit le catalogue. De ces trois déesses parisiennes, c’est celle de M. Rouffio qui a droit à la pomme par son galbe élégant et son joli coloris. La Jeune Femme de M. Balavoine, qui, au milieu d’une pièce tendue de tapisseries, vient de retirer sa belle robe mauve de la meilleure faiseuse, trahit quelque confusion par la gaucherie de son attitude. Ne croyez pas d’ailleurs que son trouble vienne d’être vue nue. C’est tout simplement parce que nous surprenons le secret de sa toilette. Elle avait une robe de soie, la malheureuse, mais pas de chemise !

Des figures contemporaines nues aux figures habillées la transition est naturelle. C’est aller du simple au compliqué. La Froufrou de M. Clairin est bien jolie. Les bras nus, la gorge à demi découverte, le petit chapeau empanaché sur l’oreille et la grande canne à la main, elle s’avance avec une grâce cavalière. Les couturières ont mis dans cette toilette tous les raffinemens de leur art. Ce n’est qu’une robe blanche, mais quelle robe blanche ! ruisselante de dentelles, enrubannée de satin, frangée de perles et de nacre. Les mille nuances de ce blanc qui brille ou s’assourdit, se moire ou se diapré au jet des plis et aux caresses de la lumière, ressortent sur un rideau vert bleu d’un ton fin et superbe. Depuis la pointe des mignons souliers Louis XV jusqu’au plus haut panache des marabouts du chapeau, tout est traité d’un pinceau souple et ferme, sans une défaillance. La chair respire la vie et la santé. Cette Froufrou est un morceau achevé de peinture riche et bien portante. C’est le meilleur tableau qu’ait jusqu’à présent exposé M. Clairin, un coloriste à qui il faudra bien rendre justice. La brune Catalane de M. Falguières n’est point d’humeur aussi accommodante que Froufrou. Embusquée au détour d’une rue, elle serre fiévreusement un poignard dans sa main. Affaire d’amour ! A l’éclat sombre de ses yeux, à la résolution terrible marquée sur son visage, on prévoit que le torero infidèle aurait moins à craindre de la fureur de vingt taureaux que de la colère de cette femme. Une belle fille d’ailleurs, avec son teint bronzé et ses formes statuaires.

C’est un astre du ciel de l’Opéra que l’Étoile de M. Comerre. Cette danseuse attend le moment d’entrer en scène ; elle est assise, les jambes croisées, sur un tabouret, et pour ne pas friper sa jupe, elle l’a relevée autour d’elle. Le buste et la tête de la jeune fille semblent ainsi émerger d’un Ilot de tulle et de satin. M. Comerre a cherché et trouvé dans cette toile la symphonie en blanc. Le costume est blanc ; blanc est le fond tendu d’un rideau de moire ; blanche est la peau d’ours qui couvre le plancher. Dans cette éclatante harmonie blanche, les carnations et le rose pâle du maillot se modulent avec des valeurs justes et des rapports d’une exquise finesse.