Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/591

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rit à son enfant tout debout sur ses genoux. L’expression du sourire est adorable, le coloris est charmant. Quels jolis rappels de tons entre le fichu lilas à reflets roses de la jeune femme et les fleurs printanières des pommiers qui poussent dans la cour !

De Normandie passons en Bourgogne pour voir les Vendangeurs, de M. Aimé Perret, qui descendent gaîment le coteau au soleil couchant. Les bœufs traînent la charrette remplie de raisins ; les jeunes filles, se tenant par la taille, vont riant et chantant à pleine voix comme si elles accompagnaient le chariot de Thespis. Les beaux bœufs et les belles filles ! Rien de plus simple comme composition que la Récolte des pommes de terre, de Haghorg. Une paysanne debout et de profil ouvre un grand sac dans lequel un paysan debout et de face verse le contenu d’un panier. Comme décor, un champ qui s’étend sous un ciel couvert. Pour cela, huit mètres de toile ! II faut louer d’ailleurs l’élégante silhouette de la femme et la touche vigoureuse qui lui donne le relief. La couleur est bonne, mais le terrain paraît bien lumineux pour un ciel couvert. Les anciens appelaient la terre la nourrissante. La mer a aussi ses moissons. Voyez les mannes de turbots et de soles que déchargent sur le quai les pêcheurs de M. Victor Gilbert. Vatel s’en retirerait l’épée du corps ! Voyez encore le Débarquement de harengs, de M. Tattegrain. Le bâtiment a jeté l’ancre près du rivage, et les femmes entrent dans l’eau jusqu’à la ceinture pour aller chercher les paniers de poissons que leur passent les pêcheurs. Ce ne sont ici les travaux de la population du littoral que dans leur côté purement pittoresque. M. Haquette va les montrer dans leur caractère dramatique. Le Départ pour Terre-Neuve rappelle les dangers de tous les jours, les angoisses de toutes les heures de la vie des pêcheurs. Sous un ciel menaçant, chargé de nuées que pousse l’ouragan, un navire court des bordées pour atteindre la pleine mer. Les vagues qui déferlent furieuses se teignent de ce ton verdâtre qu’elles prennent pendant les tempêtes. Au bout de la jetée, une femme agite son mouchoir, tandis qu’un groupe composé d’une autre femme, d’un vieillard et d’une petite fille, se prosterne au pied du calvaire qui s’élève à la base du môle. M. Haquette, dont l’exécution puissante devenait souvent brutale, a su tempérer sa fougue. Il y a quelques années, il n’aurait pas peint avec cette délicate fermeté le dos demi-nu de la fillette.

On se pâme d’admiration devant le Père Jacques de M. Bastien-Lepage. Quelle science ! quelle originalité ! quel sentiment ! quelle sincérité ! On réclame un grand souverain pour ramasser le pinceau de ce jeune maître qui a infusé un sang nouveau dans la peinture contemporaine et renouvelé l’école française ! Or, que voyons-nous dans ce tableau ? Un buste et une tête de vieillard saillans en relief