Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/603

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


une famille très restreinte a-t-elle passé universellement dans les mœurs françaises ?

Quoiqu’il n’y ait pas chez nous de castes bien délimitées, on peut cependant établir à la rigueur trois classes assez distinctes : les bourgeois, les ouvriers et les paysans. Pour les bourgeois, commerçans, industriels, employés, domestiques, petits ou grands rentiers qui habitent les villes, la fécondité est toujours très faible. Il semble même que ce soit un mal nécessaire. En effet, quoique ce phénomène soit plus caractérisé en France que partout ailleurs, dans cette classe la fécondité est toujours médiocre. En toutes les grandes villes de l’Europe, surtout celles où il n’est pas de population ouvrière, on trouve presque toujours un excédent des décès sur les naissances. Les villes ne grandissent que parce que les vides sont incessamment remplis par les habitans des campagnes, qui désertent les travaux agricoles pour chercher dans les grands centres une plus facile existence.

Ce sont les classes bourgeoises les plus élevées dans la hiérarchie sociale qui ont le moins d’enfans. Que l’on prenne, par exemple, la liste des membres de l’Institut de France, ou celle des sénateurs, ou celle des députés, ou celle des généraux de l’armée, ou celle des professeurs, et l’on verra combien est faible le nombre total de leurs enfans. Plusieurs d’entre eux sont célibataires. Quelques-uns, quoique mariés, sont sans enfans. La plupart ont un, deux, trois enfans au maximum. Bien rarement ce chiffre est dépassé, et ce n’est que tout à fait exceptionnellement que l’on compte dans ces familles d’élite une postérité de six ou sept enfans. Cependant en France, quoique la natalité soit très faible, suffisant à peine à maintenir l’existence de la nationalité française, la moyenne des enfans par mariage est de trois. C’est un minimum tout à fait nécessaire pour que la race ne disparaisse pas. Si la natalité générale de la France était égale à celle de l’élite des classes bourgeoises, au bout de deux cents ans il n’y aurait plus un seul Français.

Que voyons-nous, en effet, autour de nous ? C’est que les familles bourgeoises, grandes ou petites, disparaissent, et sont remplacées par des familles de bourgeois nouveaux. Que quelques-uns de mes lecteurs fassent autour d’eux, dans leur famille ou les familles amies, une sorte d’enquête ; et ils constateront que, depuis quatre ou cinq générations, la famille, loin de s’accroître malgré l’introduction incessante d’élémens étrangers, tend à diminuer ou à rester stationnais. En tous cas, la moyenne des enfer. s par mariage sera, je crois malheureusement pouvoir l’affirmer, inférieure à trois, alors que ce chiffre est déjà extrêmement faible, et représente le minimum compatible avec l’existence d’un peuple. Aussi le nom porté par