Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/639

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


et déplacemens, chaque corps étant inséparable de sa propre étendue. L’auteur admet la réalité objective de ces deux étendues dont l’une contient l’autre, et, pour le dire en passant, il ne paraît pas apercevoir que c’est là une des difficultés les plus graves contre la notion d’étendue, car comment comprendre une étendue dans une étendue, l’une se mouvant dans l’autre ? Quoi qu’il en soit, l’auteur nous déclare qu’il admet à la fois les deux choses, à savoir l’espace objectif et la réalité du corps dans cet espace [1].

Est-ce à dire cependant qu’il n’y ait pas lieu de faire la part de la subjectivité dans la perception extérieure ? Nullement ; l’auteur reconnaît au contraire que la science nous y conduit forcément. Il y a deux parties dans l’observation externe : l’une qui porte sur « les apparences, » l’autre sur « les corps réels. » Persistant dans son interprétation, erronée selon nous, de la philosophie de Reid, il reproche à celui-ci d’avoir soutenu que a la sensation et la perception sont deux faits parallèles sans rapport direct entre eux. » Quant à lui, au contraire, il reconnaît et professe que a les impressions subjectives sont des élémens essentiels de la perception, et que notre observation consiste dans l’interprétation de ces sensations [2]. » Mais cette interprétation n’est pas, comme le pensent les nouveaux empiristes, un raisonnement, une induction née de l’habitude et de l’association des idées : c’est une intuition « primitive et directe. » Dans la perception des apparences (son et lumière), c’est l’impression subjective qui est directement aperçue ; dans la perception des corps, au contraire, c’est la chose objective qui est directement et clairement connue : « Percevant directement certains corps par la spontanéité de notre intelligence, par un acte psychique, selon l’expression d’Helmholtz, traversant ainsi, sous la direction de la nature, les signes sensibles, nous nous établissons tout d’un trait dans l’espace en dehors de nous. » Quant aux questions ultérieures sur la nature des corps, l’auteur les ajourne et ne paraît pas s’en soucier, et même les théories des dynamistes et spiritualistes sur l’essence de la matière lui paraissent aussi peu intéressantes

  1. L’auteur admet que l’espace a pu être subjectif en Dieu, et qu’il est devenu objectif par la création. Mais si l’espace a pu être subjectif dans l’esprit infini, pourquoi ne le serait-il pas dans l’esprit fini ? Au moins admettra-t-on que la subjectivité de l’espace n’est pas contradictoire.
  2. Encore une fois, c’est là précisément la théorie de Reid. Cependant il est juste de reconnaître avec Hamilton, que Reid a eu deux théories sur la perception, peu cohérentes entre elles. La critique de M. de Broglie revient à opposer l’une de ces deux théories à l’autre. Hamilton, au contraire, encore plus réaliste que Reid et que l’abbé de Broglie, combat la théorie des signes comme suspecte d’être encore analogue à celle des idées images.