Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/699

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de fabrication de l’acier qui reposent sur la dissolution du fer dans la fonte ont pris, dans ces derniers temps, une importance inattendue, grâce aux puissans moyens de chauffage que l’on doit à MM. William et Frédéric Siemens, grâce aussi aux efforts persévérans de MM. Emile et Pierre Martin. Le principe des « régénérateurs » du système Siemens consiste à placer le four entre deux foyers à gaz qui le chauffent à tour de rôle et où l’air et le gaz combustible arrivent après avoir traversé une sorte de filtre de briques réfractaires, préalablement portées à une haute température. Lorsque le foyer de droite fonctionne, la flamme s’échappe par le foyer de gauche, dont elle échauffe les piles de briques ; après l’inversion du courant, la chaleur ainsi emmagasinée est reprise parles gaz qui vont maintenant alimenter le foyer de gauche et s’échapper par le foyer de droite. Dans ces conditions, la température de la flamme est beaucoup plus élevée que lorsque le courant arrive encore froid ; d’après M. Jordan, elle doit atteindre 1,800°. L’acier Martin se fabrique sur la sole creuse d’un four de cette construction en faisant dissoudre du fer dans un bain de fonte ; on utilise pour cela les vieilles ferrailles. A mesure qu’on ajoute du fer, la proportion du carbone diminue ; l’opération se termine par l’addition d’un peu de fonte manganésée. Le procédé Martin-Siemens est beaucoup moins expéditif que le procédé Bessemer : il faut huit ou dix heures pour une opération ; mais on y trouve cet avantage que la composition du bain peut, à chaque instant, être contrôlée et corrigée par des additions convenables : « C’est une sorte de cuisine métallurgique, » dit très justement M. Jordan à ce propos. Au lieu de fer, M. William Siemens ajoute à la fonte du minerai de fer riche ; on arrive ainsi au même résultat. Ce procédé est désigné en Angleterre sous le nom d’ore process, tandis que le procédé Martin s’appelle scrap process. M. William Siemens a fait aussi quelques tentatives qui paraissent avoir été couronnées de succès pour extraire directement le fer des minerais sans les transformer d’abord en fonte. Il se sert, à cet effet, d’un four rotatif où pénètrent un courant continu de gaz et un courant d’air chaud envoyé alternativement par deux régénérateurs. Le cylindre tournant, garni intérieurement de bauxite, reçoit le minerai concassé, mélangé de charbon et de fondant ; sous l’action de la chaleur, le minerai se réduit et, au bout d’une heure ou deux, on obtient un fer très pur qui s’agglomère en boule compacte après qu’on a fait sortir le laitier par le trou de coulée ; on retire cette boule, on la presse et on la refond pour acier avec une quantité de fonte relativement faible. M. Siemens espère que, grâce à cette modification, l’ore process pourra donner de très bons résultats au double point de vue de l’économie du combustible et de la pureté du produit.

Il n’est pas facile de prévoir dès à présent quelles seront les conséquences des innovations qui, depuis quelque temps, ont fait leur