Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/780

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matériel qui leur appartient, à compenser, il est vrai, mais pour quelques-unes seulement, avec les sommes avancées par l’état à titre de garantie, dont le total, à la fin de 1881, s’élevait à 700 millions. En somme, et tout compte fait, aux 26 milliards de notre dette nationale, aux 10 milliards des dettes départementales et communales, la dette spéciale des chemins de fer ajouterait encore 14 milliards. Et dans quel intérêt financier l’état se chargerait-il d’un tel fardeau ? A-t-il à se plaindre de la position qui lui est faite, et les 1,400 millions qu’il a consacrés à la construction des chemins de fer, lorsque la part des compagnies est de 8 milliards, ne lui rapportent-ils pas assez ? On a vu les profits que les conventions lui ont procurés dès le début. Or, en 1879, le bulletin de statistique du ministère des finances a évalué pour cet exercice les recettes réellement perçues par le trésor sur les chemins de fer à 148 millions, et à 77 millions 1/2 les économies obtenues sur les transports faits par lui : ensemble 225 millions. Le réseau de l’état, qui a coûté 350 millions, n’entre pas dans ces calculs ; il appartient en entier au domaine public, et les grands réseaux ne lui reviendront que dans soixante-dix ans environ. Mais déjà cet usufruit ne laisse pas, comme on voit, d’être très fructueux, et l’on ne comprendrait pas, s’il ne s’agissait que d’un avantage financier, ce projet de devancer l’époque de l’entrée en jouissance définitive par un rachat qui ferait surtout la fortune des actionnaires des compagnies. En réalité, ce n’est pas à eux que l’on a jamais voulu être utile ou seulement agréable.

Serait-ce que l’état, en devenant immédiatement propriétaire des chemins de fer, en tirerait un meilleur profit que les compagnies actuelles ? Poser cette question, c’est la résoudre. L’exploitation par l’état n’a jamais, ni en France ni ailleurs, passé pour économique et rémunératrice. On a pu soutenir, quoique la comparaison sérieusement faite entre nos sociétés et celle des autres pays prouve le contraire, que les six grandes compagnies exploitent chèrement, qu’on trouverait de nouveaux fermiers à meilleur compte, mais personne n’a sérieusement affirmé qu’en faisant valoir lui-même sa propriété, l’état en retirerait un profit qui compenserait, et au-delà, la dépense du rachat anticipé. Les travaux déjà cités, tout particulièrement ceux de M. Krantz et de M. Lavollée, ne laissent aucun doute sur ce point. Existerait-il d’autres raisons de moindre importance qui rendraient cette solution désirable ? Faut-il mentionner le désir de voir rentrer sous l’influence gouvernementale toutes les fonctions, tous les emplois que distribuent les administrateurs des compagnies ? Le gouvernement veut-il devenir le maître absolu des centaines de mille fonctionnaires soldés par elles ? La proposition déposée à la chambre par M. Raynal, par laquelle aucun employé commissionné et subvenant aux caisses de retraite ne serait privé