Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/882

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dans leur rivalité avec les établissemens de l’état, dont beaucoup sont dépourvus du même ensemble de garanties, que ces titres sont conférés par l’état lui-même et que leur possession, de son propre aveu, est une preuve de supériorité.


II

Il serait beaucoup plus difficile de justifier l’autre projet qui exige, pour être admis au baccalauréat ou même, suivant un amendement, pour obtenir un emploi quelconque dépendant du gouvernement, un certificat d’études dans un établissement public d’instruction secondaire. C’est le retour pur et simple au monopole tel qu’il existait avant la loi de 1850. On propose même de l’aggraver, car il n’imposait que deux années d’études, et on en demande trois. Le gouvernement, il faut l’en féliciter, s’est nettement prononcé contre une atteinte aussi directe et aussi violente à la liberté d’enseignement. Il n’a pas convaincu la commission législative saisie du projet et il n’est pas certain qu’il convainque la chambre des députés, ni même qu’il persiste jusqu’au bout et sur tous les points dans sa résistance. Nous ne nous donnerons pas le facile mais stérile avantage d’invoquer les principes libéraux là où il n’y a qu’une machine de guerre. Sur cette question comme sur les précédentes, nous ne voulons considérer que les résultats. Ils seraient funestes à la plupart des institutions libres, mais ils le seraient surtout à celles qui prétendent vivre d’une vie propre et rivaliser avec les collèges de l’état sans les copier, sans leur emprunter l’organisation de leurs classes et leurs méthodes d’enseignement. Les institutions qui envoient déjà leurs élèves aux classes des lycées ne souffriraient aucune atteinte. Celles qui ont les mêmes classes que les lycées seraient décapitées ; mais si elles avaient l’avantage de ne pas être trop éloignées d’un établissement universitaire, elles y gagneraient de pouvoir se décharger sur cet établissement des frais d’enseignement pour les classes supérieures, et elles pourraient en même temps se faire honneur des succès qu’y obtiendraient leurs élèves. Bien autrement fâcheuse serait la situation de ces institutions à l’esprit indépendant et progressif, si justement chères à M. Paul Bert, l’école Monge et l’école alsacienne. Elles ont, pour toutes les classes, leur plan d’études, leurs méthodes, leurs moyens d’action sur l’intelligence et le caractère de leurs élèves. Ce n’est pas seulement une mutilation qu’elles subiront, si elles ne disposent plus de leurs classes supérieures, c’est un bouleversement total, car les classes mêmes qui ne leur seront pas disputées ne seront plus que la préparation à un enseignement extérieur, imbu d’autres idées, dirigé