Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/883

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dans un autre esprit. On nous dira que l’Université s’est approprié depuis deux ans les procédés qui ont réussi dans ces écoles et qu’elle peut leur enlever leurs élèves sans que ceux-ci aient à en souffrir. C’est reconnaître étrangement le bien dont on se déclare redevable à ces établissemens modèles ; c’est une façon non moins singulière d’entendre le progrès ! On affirme dans le passé les bienfaits de l’initiative privée et on fait tout pour les rendre impossibles dans l’avenir. L’état se fait honneur d’imiter des établissemens particuliers et il voudrait forcer désormais tous les établissemens particuliers à se faire les humbles satellites et les pâles imitateurs de ses propres collèges !

Y gagnerait-on au moins de détruire l’ennemi, d’arracher au cléricalisme l’éducation de la jeunesse française ? Les institutions ecclésiastiques attachent le plus grand prix à l’instruction proprement dite. Elles sont fières de leurs succès dans la préparation aux examens officiels, depuis le baccalauréat jusqu’à l’École polytechnique. Ce n’est pas, toutefois, les calomnier que de reconnaître que l’instruction littéraire ou scientifique ne tient que le second rang dans leurs préoccupations et que l’éducation morale et religieuse y a de beaucoup la place prédominante. Elles n’ont fait aucun usage pour le progrès de l’enseignement de la liberté qu’elles ont conquise en 1850. Elles ne peuvent se faire honneur d’aucune méthode nouvelle ; elles ne peuvent même se faire honneur du maintien de leurs meilleures traditions. On y citerait plus difficilement qu’il y a trente ans des exemples de fortes études classiques. Disputer à l’Université et aux institutions laïques les candidats aux divers examens paraît être, au point de vue de l’enseignement, leur principal souci. La plupart ne visent pas plus haut qu’à « fabriquer » le plus de bacheliers possible ; on a tout dit des plus distinguées quand on les a reconnues pour d’excellentes « fabriques » de saint-cyriens et de polytechniciens. Les seuls modèles qu’elles offrent à l’Université sont ceux d’une préparation habile, qui n’a rien à voir avec les études désintéressées et véritablement fructueuses. Voilà pourquoi on a pu dire, non sans fondement, que l’effet le plus certain de la concurrence entre le clergé et l’Université avait été l’abaissement des études. Nous croyons et nous essaierons de démontrer, dans une prochaine étude, qu’il est injuste d’imputer cet abaissement à la liberté elle-même et qu’il faut en chercher la cause dans notre système d’examens. Quoi qu’il en soit, le rétablissement du certificat d’études serait assurément un coup très sensible pour les institutions ecclésiastiques, mais le coup ne les atteindrait pas dans ce qui a le plus de prix à leurs yeux, dans la formation et la direction de l’âme des enfans. Forcées d’envoyer leurs élèves dans les