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noble dans tout son éclat reparaît, et l’histoire épurée nous enseigne ce que vaut le vice, ce que vaut la vertu. »


Les applaudissemens éclatèrent dans l’enceinte de la cour. Telle était l’émotion des auditeurs quel que fût leur rang, que nul de ceux qui en avaient la charge ne pensa à les réprimer. Les esprits avaient été portés à une telle hauteur que, dès ce moment, la cause était jugée : l’évêque d’Orléans fut acquitté et la doctrine de la libre critique des personnages qui ont joué un rôle dans l’histoire formellement consacrée par la cour.

Ces principes ont pu subir des éclipses momentanées ; une jurisprudence plus sévère a pu tenter d’attribuer à la magistrature le droit de réviser les jugemens de l’histoire. M. Dufaure, à toutes les époques, est demeuré le partisan déterminé des règles qu’il avait eu l’honneur de faire triompher devant la cour de Paris.


III

L’éclat des succès oratoires autant que l’autorité conquise dans les affaires avait mis depuis longtemps l’ancien avocat de Bordeaux au premier rang du barreau de Paris. L’ordre des avocats l’aurait déjà appelé à sa tête, s’il avait eu les dix années d’inscription au tableau qui permettent seules l’élection. A la fin de juillet 1862, la période était révolue, et ce qui pour tout autre permet d’espérer une candidature au conseil rendait certaine pour M. Dufaure une élection unanime comme bâtonnier de l’ordre. Il avait déjà exercé à Bordeaux cette charge que lui renouvelait, sur un plus grand théâtre, l’admiration de ses confrères. Il la reçut avec un sentiment profond de l’honneur et des devoirs qui y étaient attachés.

Il est de tradition à Paris que le bâtonnier ne se borne pas à maintenir la discipline ; sa tâche est avant tout de former des stagiaires. M. Dufaure aimait passionnément la jeunesse. Pendant quinze ans, il attira dans son cabinet et admit à son patronage les esprits les plus fins et les plus ouverts. S’intéresser aux travaux des jeunes gens, présider à leurs joutes oratoires, leur prodiguer ses conseils, suivre leurs progrès, étaient pour lui autant d’heures de satisfaction et de repos. Il fallait le voir, le samedi, s’impatienter de la longueur des plaidoiries qu’il suivait d’ordinaire sans paraître pressé, s’échapper de l’audience dès qu’il le pouvait, traverser d’un pas rapide les galeries du palais et pénétrer dans la vieille salle basse de la bibliothèque, où, au milieu des livres, s’assemblait, chaque semaine, la conférence des stagiaires. Il était heureux de déposer le fardeau de ses dossiers, il avait hâte d’interroger les secrétaires sur le sujet en