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extrémités de la terre, divisés en deux nations distinctes : les uns vivent aux lieux où le soleil se couche, les autres occupent la région d’où le soleil se lève. » Les Éthiopiens de l’Occident, les soldats d’Alexandre les avaient entrevus, quand ils passèrent de l’Egypte en Libye ; les Éthiopiens de l’Orient, on les allait probablement rencontrer aussitôt qu’on aurait franchi l’Indus. Homère s’était borné à faire mention de leur existence ; le premier géographe qui ait entrepris de dresser la carte du monde connu, Anaximandre de Milet, ne paraît pas leur avoir assigné une place bien définie sur sa table de bronze ; Hécatée, Hérodote, Ctésias, déterminèrent avec plus d’assurance le lieu de leur demeure. Pour parler de l’Inde avec une certaine compétence, ces trois écrivains possédaient ce qui manquait à Homère : le témoignage d’un homme qui avait très probablement été en relation avec des Hindous.

Les voyages les plus contestés sont aujourd’hui en voie de triompher d’un scepticisme qui a reçu de trop fréquens démentis pour n’être pas devenu tout au moins très modeste dans l’expression de ses doutes. Nous admettrons donc sans hésitation et sans scrupule, avec Hérodote, que les vaisseaux de Néchao, partis du fond de la Mer-Rouge au début du VIIe siècle avant notre ère, firent en trois ans le tour de la Libye. Cent ans plus tard, si l’on en croit la même autorité, vers l’année 512 avant Jésus-Christ, les vaisseaux de Darius, fils d’Hystaspe, conduits par un Carien, Scylax de Caryande, descendirent l’Indus jusqu’à son embouchure, voguèrent ensuite au large vers l’Occident et arrivèrent, au bout du trentième mois, à l’endroit même d’où s’étaient élancés les navires égyptiens, quand ils conçurent le projet de passer de la Mer-Rouge dans la Méditerranée, en contournant l’Afrique. La relation de Scylax, conservée, assure-t-on, dans les archives royales, servit de base aux récits d’Hécatée, aussi bien qu’à ceux d’Hérodote et de Ctésias. Pour l’auteur du Tour de la terre, comme pour le père de l’histoire et pour le médecin d’Artaxerce, les peuples qui habitent les environs de Nysa, la cité de Bacchus, sont encore « des Éthiopiens limitrophes de l’Egypte. » Hérodote les distingue cependant déjà de leurs voisins, les Calantiens, qui vivent au-delà de l’Indus, « le second fleuve où l’on trouve des crocodiles. » C’est aux populations que l’immense coure d’eau sépare de la vingtième satrapie, aux Calantiens par conséquent, que sera désormais réservé le nom d’Indiens. Si ces Indiens, — Éthiopiens encore, ne fût-ce que par la couleur, — n’existaient pas, les Thraces seraient la nation la plus nombreuse de l’univers ; les Thraces doivent se contenter du second rang, car le premier rang appartient incontestablement aux Indiens.

Il y a beaucoup de nations dans l’Inde, ces nations ne parlent pas toutes la même langue ; les unes ont des demeures fixes, les autres