Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 52.djvu/72

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


infanterie ; elle dépendait surtout du nombre de ses chars et du chiffre de ses éléphans. Les chars étaient généralement traînés par quatre chevaux ; l’éléphant dépassait de beaucoup en taille et en vigueur les éléphans d’Afrique. Cet animal était alors et demeure encore de nos jours la monture royale ; après l’éléphant, venait le quadrige, après le quadrige le chameau ; le cheval semble avoir été réservé au guerrier vulgaire.

La fameuse bataille de Panipet, gagnée le 21 avril 1526 par l’empereur Baber sur le sultan de Delhi, fut le triomphe du canon amené pour la première fois dans les provinces situées à l’est de l’Indus ; Cortez, au Mexique, dut la victoire à ses arquebuses ; Alexandre ne pouvait compter pour venir à bout des Indiens que sur l’habileté de sa tactique et sur la fermeté de ses troupes. En fait alarmes, la balance eût plutôt penché du côté des Indiens, car les éléphans causaient à la cavalerie un insurmontable effroi. Les chars, si redoutés qu’ils fussent des Asiatiques, étaient moins à craindre ; on les avait vus aux champs d’Arbèles, sur un terrain préparé à l’avance, dans les conditions les plus favorables que leurs conducteurs pussent souhaiter, et l’on savait qu’il était facile de se dérober à leur choc.

Quant à la nature des opérations, elle allait complètement changer : à l’est de l’Indus, ce n’était plus la guerre de montagne qu’on devrait poursuivre ; on combattrait en plaine, dans une autre Babylone et une autre Susiane ; l’ère des batailles rangées ne tarderait pas à se rouvrir.

Cinq grands cours d’eau descendent de l’Imaüs, — le séjour de la neige, l’Himalaya des Hindous, — immense ceinture de pierre dans laquelle les Grecs croyaient reconnaître le prolongement du Taurus : — ces cinq rivières traversent obliquement la contrée et portent leurs eaux réunies à l’Indus, vers le point où s’élève aujourd’hui la ville de Mithan Kot. Prolongez une ligne idéale, dans la direction du sud-est, sur un espace de 400 kilomètres environ, joignez ainsi Attock que baigne l’Indus, à Krozpour qu’arrose le Ghara, vous couperez presque à angle droit tous ces affluens et vous aurez traversé dans sa plus grande largeur le delta renversé qui forme le Pendjab, — le pays des cinq eaux. — Poussez plus loin encore ; à 350 kilomètres de Firozpour, vous rencontrerez Delhi, l’antique capitale des souverains mongols. L’armée d’Alexandre n’ira pas, comme celles de Tamerlan et de Baber, jusqu’à Delhi ; elle se contentera de passer de l’Indus à l’Hydaspe, de l’Hydaspe à l’Acésinès, de l’Acésinès à l’Hydraote, de l’Hydraote à l’Hyphase. Ces fleuves, dont nul Européen n’avait, au Ve siècle avant notre ère, entrevu les rives, nous sont aujourd’hui, grâce à des explorations récentes, parfaitement connus. L’Hydaspe, — en sanscrit Vi-tasta, le Fleuve qui