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les premiers envahisseurs de l’Inde : Alexandre y a combattu les Indiens de Porus.

La chaîne montagneuse de Russoul descend en pente douce vers la plaine, mais, en approchant de l’Hydaspe, elle forme d’innombrables ravins et se termine brusquement par une face escarpée qui longe les bancs de sable et les canaux du fleuve. Les divers saillans de la chaîne étaient couronnés par de vastes retranchemens ; en avant, des halliers extrêmement épais, — employons ici sans hésiter l’expression hindoue, — une jungle, composée en majeure partie de buissons épineux atteignant parfois la hauteur de sept ou huit pieds, s’étendait dans la direction du sud-est. L’inextricable taillis devenait plus épais et plus impénétrable encore en approchant de Chillianwallah. Il était près de midi quand les forces anglaises vinrent former leurs faisceaux au pied du monticule qui domine ce village hindou. La jungle, serrée et sombre, séparait les deux armées distantes l’une de l’autre d’un kilomètre et demi environ. A trois heures, la bataille s’engagea. Les régimens anglais se jetèrent résolument au milieu des broussailles, se frayant un chemin à travers les arbustes et les ronces, essuyant sans fléchir les décharges de l’artillerie ennemie, qui tirait au jugé et essayait la portée de ses boulets pleins lancés à toute volée. Les pertes, durant ce long et pénible trajet, ne hissèrent pas que d’être assez sensibles ; enfin on atteignit la lisière du hallier ; au bout de 1,800 pas, la jungle cessa tout à coup ; l’armée anglaise se trouva complètement à découvert. Des salves de mitraille se succédèrent alors rapidement et balayèrent en quelques minutes des sections entières. La ligne anglaise ne prit même pas le temps de reformer ses rangs ; elle se précipita vers les canons ennemis avec cette impétuosité dont l’élan britannique, — l’english pluck, — devait nous donner quelques années plus tard le spectacle émouvant dams la plaine de Balaklava. Une mêlée sauvage s’établît ; les canons des Sykhs furent enlevés à la baïonnette. Les artilleurs et les bataillons de soutien avaient pris la fuite ; ils se rallièrent, comme les Russes à l’Alma, dès qu’ils furent hors de portée de la fusillade. Les réserves d’infanterie, massées en arrière, accoururent à leur aide ; les Sykhs, à la suite d’uni rude et sanglant combat corps à corps, reprirent possession de la batterie évacuée.

Pareil retour offensif ne compromit-il pas la journée ; à l’Alma quand les troupes du général Brown se virent si brusquement chargées par une colonne dont elles ne soupçonnaient pas la. présence ? Canrobert et Bosquet, avec leurs zouaves et leurs chasseurs à pied, avec la vaillante infanterie de marine, n’auraient pas été de trop sur le champ de bataille de Chillianwallah. Brigade après brigade artillerie, cavalerie, toute Parmée anglaise en un mot vint