Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 71.djvu/485

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L’exaspération de la population espagnole contre les procédés coloniaux de l’Allemagne présentait un caractère si aigu qu’une conciliation semblait impossible. Ou craignait que le roi Alphonse ne se vît contraint de prendre hardiment la direction du mouvement populaire sous peine de déchaîner la révolution et de perdre sa couronne. Ces inquiétudes se sont promptement atténuées par suite de l’altitude modérée que crut devoir adopter le gouvernement impérial. Le conflit est entré dans une phase diplomatique ; des notes sont échangées entre Madrid et Berlin ; les rumeurs les plus contradictoires circulent sur les faits dont l’archipel des Carolines a pu être le théâtre, sur les intentions réelles de l’Allemagne, sur les dispositions de la cour de Madrid, sur la gravité de périls intérieurs que court la royauté espagnole.

Mais déjà l’opinion prévaut partout que le conflit aura une solution pacifique et que l’Allemagne et l’Espagne ne se feront pas la guerre pour quelques alors de l’Océanie, alors que l’Angleterre et la Russie sont parvenues à régler à l’amiable leurs prétentions rivales sur l’Afghanistan.

Le marché des fonds publics, rendu à ses tendances naturelles, a promptement regagné le terrain perdu, et la force d’impulsion due à l’abondance des capitaux ainsi qu’à la rareté des titres a été telle que le 3 pour 100, s’élevant de près d’un point, vient d’atteindre, à 0 fr. 05 près, le cours rond de 82 francs. L’amortissable finit à 83 fr. 50, le 4 1/2 à 109 fr. 70. La plus-value sur les cours de compensation de fin août est respectivement de 0 fr. 55, 0 fr. 40 et 0 fr. 60.

Ce mouvement de hausse est-il bien solide ? Peut-on le considérer comme le point de départ d’une sérieuse reprise d’affaires qui, des rentes, devrait peu à peu s’étendre à d’autres compartimens de la cote, depuis si longtemps négligés à la fois par la spéculation et par l’épargne ? On ne peut encore que poser ces points d’interrogation. Les faire suivre d’une réponse catégorique serait fort téméraire. En dépit d’une certaine animation résultant de rapides déplacemens de cours, il ne semble pas que le volume des affaires se soit considérablement grossi. On peut constater sans peine que le marché n’est plus abandonné à lui-même, qu’il subit une direction dont l’énergie est d’autant plus apparente que la résistance est plus faible. On ne saurait affirmer, au moment où nous entrons en pleine période des élections générales, quand notre situation financière n’a subi aucune modification favorable, et quand les nouvelles de l’Annam et du Tonkin sont fort peu satisfaisantes, que le réveil des affaires est imminent. La brusquerie même de la hausse lui donne, il faut bien le reconnaître, le caractère d’un mouvement de circonstance ; on est fortement tenté de croire qu’il s’agit jusqu’ici d’une hausse purement électorale.