Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 72.djvu/672

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Sakalaves comme animés des sentimens d’un inviolable attachement et d’un dévoûment traditionnel à la France, légende dont quelques publicistes se sont faits les échos peut-être inconsciens, mais qui n’en a pas moins contribué dans une large mesure à fausser l’esprit public sur la question qui nous occupe ; nous invoquerons à ce sujet le souvenir de quelques faits presque contemporains, qui édifieront l’opinion sur le degré de créance qu’il convient d’ajouter à cette allégation.

En 1849, les Sakalaves, qui vivaient sous notre autorité à Nossi-Bé, pour reconnaître sans doute la protection que nous leur avions prêtée jadis contre les Hovas, s’insurgèrent contre nous, et sous la conduite d’un nommé Bengala, Sakalave de Bali et fils d’Audrian-Souli, tentèrent de surprendre Hellville, chef-lieu de la colonie : la vigilance et le sang-froid du commandant et des autorités de la colonie la préservèrent des dangers qu’elle courut, en cette circonstance, et amenèrent les autorités locales à prendre des mesures de précaution en vue de prévenir le retour de semblables événemens [1]. Quelques années plus tard, en 1856, l’inimitié des Sakalaves contre nous se traduisit aussi, en l’île Mayotte, par une levée de boucliers, dirigée par le nommé Bakari-Koussou, ancien manantanie, ou ministre, du même Audrian-Souli. Cette insurrection fut promptement réprimée, et les chefs de la révolte, traduits devant la juridiction spéciale chargée de juger les crimes de rébellion, furent condamnés à diverses peines afflictives [2] ; notons qu’il s’agit ici de ces mêmes Sakalaves qui, en 1840, avaient imploré notre protection et sollicité spontanément notre souveraineté. Les Sakalaves restés sur la Grande-Terre ne nous témoignaient pas des dispositions plus amicales, et nous n’en finirions pas si nous voulions relater les actes de violence, les pillages et les vexations de toute sorte que nos navires de commerce ont eus à subir de la part de ceux d’entre eux qui habitaient les points de la côte ouest, où les Hovas n’étaient pas encore parvenus, à cette époque, à faire reconnaître leur autorité. Poussé à bout par la nouvelle des mauvais traitemens subis par nos nationaux, le commandant de notre station donna, en 1859, l’ordre à la corvette la Cordelière de se présenter devant Bali pour recueillir la mission catholique établie sur ce point et qui avait été, de la part des Sakalaves, l’objet des plus odieux traitemens, et d’infliger une salutaire leçon aux indigènes de cette localité, Ceux-ci prirent l’initiative des hostilités, mais le feu de la corvette

  1. Depuis ce moment, les Sakalaves, qui ne marchent habituellement qu’armés de leur zagaie, ne sont plus admis en armes dans l’enceinte du chef-lieu.
  2. Cette juridiction prononça huit condamnations capitales, dont deux seulement reçurent leur exécution.