Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/656

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sol comme la source de tous ou presque tous les maux dont souffre la civilisation moderne commencent à compter et sont manifestement en croissance.

Parmi ces mécontens se rencontrent des modérés et des intransigeans. Les modérés comprennent des groupes qui répondent en gros à ce qu’on appelle en Allemagne les socialistes de la chaire et les socialistes chrétiens. Les tendances de l’extrême gauche ont leur centre et leur foyer dans un certain nombre de sociétés ouvrières, plus ou moins activement mêlées à la politique et chez lesquelles l’action exercée par M. George se discerne à première vue.

L’une des plus importantes de ces organisations de travailleurs est la Fédération démocratique. Un publiciste, M. W.-H. Mallock, qui s’est appliqué à réfuter les vues de M. George dans un livre qu’il a appelé Propriété et Progrès, nous apprend qu’elle embrasse dans ses cadres des dizaines de milliers d’adhérens. Or, voici un passage tiré de l’un de ses récens manifestes qui montre clairement à quelle école elle a fait son éducation : « Toute richesse est due au travail ; par conséquent, toute richesse est due au travailleur. Mais nous sommes des étrangers dans notre propre patrie. Trente mille personnes possèdent la terre de la Grande-Bretagne, en présence de trente millions d’individus auxquels on veut bien permettre d’y vivre. Une série de vols et de confiscations nous a privés du sol qui devrait nous appartenir. La force brutale organisée de quelques-uns a depuis des générations dépouillé et tyrannisé la force brutale inorganisée de la masse. A présent, nous réclamons la « nationalisation » du sol. Nous demandons que la terre dans les campagnes et la terre dans les villes, les mines, avec les parcs, les montagnes, les landes, revienne au peuple, qu’elle serve au peuple, qu’elle soit occupée, employée, bâtie, cultivée aux conditions que le peuple lui-même voudra spécifier. La poignée de maraudeurs qui la possède en ce moment n’a sur elle aucun droit ; ce n’est que par la force brutale qu’elle tient en échec des dizaines de millions de lésés. »

Sur les bords de la Tamise, les forces du socialisme agraire sont donc conduites par des états-majors analogues à ceux qu’elles possèdent dans la grande république d’outre-mer. A la vérité, ici encore, nous avons une armée et plusieurs drapeaux, mais tous les adhérens de cette grande ligue reconnaissent un ennemi commun : la propriété foncière sous sa forme actuelle. Or, même avec des élémens disparates, c’est assez d’un Delenda est Carthago sortant de toutes les bouches pour constituer, au moins pour un temps, un parti qui a son importance.

Dans cette rapide revue du mouvement socialiste, dont les idées