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Histoire des princes de Condé pendant les XVIe et XVIIe siècles, t. III et IV, par M. le duc d’Aumale. Paris, 1886 ; Calmann Lévy.


Qui ne connaît le brillant, l’étincelant et d’ailleurs très dangereux paradoxe que ce triste sire de Paul-Louis Courier s’est complu à développer dans la Conversation chez la comtesse d’Albany ? « Or, voici ce que je veux dire : Dans ce grand art de commander les hommes à la guerre, la science ne vient pas comme cela peu à peu, mais tout à la fois. Dès qu’on s’y met, on sait d’abord tout ce qu’il y a à savoir. Un jeune prince, à dix-huit ans, arrive de la cour en poste, donne une bataille, la gagne, et le voilà grand capitaine pour sa vie, et le plus grand capitaine du monde. — Qui donc, demanda la comtesse, a fait ce que vous dites là ? — Le Grand Condé. — Oh ! celui-là, c’était un génie. — Sans doute. Et Gaston de Foix ? L’histoire est pleine de pareils exemples. Mais ces choses-là ne se voient point dans les autres arts. Un prince, quelque génie qu’il ait reçu du ciel, ne fait point, tout botté, en descendant de cheval, le Stabat de Pergolèse ou la Sainte Famille de Raphaël. » Cette opinion est celle de quelques militaires eux-mêmes sur leur art, et de ceux-là notamment qui, n’ayant pas goût au métier, n’y ont pas plus réussi que Courier. C’est l’opinion de quelques « civils » aussi, que gêne, qu’importune, que fâche le retentissement de la gloire militaire, et qui soutiendraient volontiers, toujours comme le même Courier, que