Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/802

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exondés, surtout à la partie friable, désagrégeable, des gneiss, des micaschistes et des granités, dont le feldspath a dû se convertir en particules argileuses, tandis que le quartz trituré donnait la matière du grès, le fer, la soude et la potasse étant également entraînés ou dissous. Il semblerait donc qu’un phénomène de dénudation eût alors raviné le sol, attaquant tous les reliefs et déposant au fond des eaux, dans des conditions variables, les matériaux entraînés, tantôt à l’état de sable, tantôt à celui de limon plus ou moins finement tamisé, en tenant compte aussi des actions chimiques que des eaux chargées de silice, ou de fer, ou d’autres substances préalablement dissoutes pouvaient exercer pour cimenter les dépôts en voie de stratification. Ces résultats mécaniques de l’activité des eaux courantes, drainant le sol et charriant les débris balayés au fond des bassins de l’époque sont tellement appareils et si facilement appréciables qu’il n’est pas nécessaire d’y insister ; mais, comme ils accusent dans la cause qui les aurait gouvernés une sorte d’universalité, dont la plupart des géologues ont été frappés en considérant le trias, on est en droit de se demander d’abord quelle a été cette cause et quels auraient été la nature et le caractère des mers de l’époque ou plus simplement de l’eau de ces mers.

D’une façon générale, le trias, à partir même du permien rouge, apparaît comme une ère de transition, intermédiaire entre l’ère paléozoïque qui n’existe plus et l’ère jurassique qui n’est pas encore inaugurée. Il y a là, pour notre globe, la présomption d’une crise cosmique qui a dû se traduire par des déversemens de pluie dont les traditions relatives au déluge représentent une sorte d’écho affaibli. Ces crises, à de grands intervalles, semblent avoir précédé et accompagné les changemens dont notre terre a offert successivement le tableau. En ce qui concerne en particulier les eaux de la mer triasique, il est bien certain que les sédimens étages lits par lits, qui constituent les grès bigarrés ne comprennent aucun vestige de la vie marine, telle que nous la connaissons et telle encore que les formations des divers âges nous la font voir en géologie, à l’aide des fossiles. On dirait un océan désert ; et les rares fragmens de végétaux entraînés de la plage sont les seuls restes qui trahissent la présence de la vie. Etaient-ce là des eaux d’une salure imparfaite ou au contraire sursaturées ? On peut tout supposer à cet égard ; difficilement on obtiendra la solution d’un problème qui tient à des causes si complexes, à des phénomènes si éloignés, par cela même d’un ordre tellement étranger à ceux de nos jours que l’esprit le plus subtil se perdrait en essayant de deviner. Un auteur allemand, dans un livre récent et fort curieux, a été jusqu’à prétendre doser, pour ainsi dire, la salure d’abord nulle ou insensible, longtemps