Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/937

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annuelles, chargement suffisant pour six ou sept steamers, prenant chacun, comme nous l’avons dit, 450 tonnes de viande. Toutes les compagnies sont disposées aujourd’hui à faire à bord de leurs steamers les aménagemens nécessaires ; les quelques-millions quelles y dépenseront seront facilement productifs en prélevant, comme elles le font, 2 deniers 1/2 par livre de viande pour les provenances d’Australie et 1 1/2 pour celles de la Plata, pour frais de transport et de congélation. Jusqu’ici, vingt-quatre steamers seulement ont subi la transformation nécessaire pour cette nouvelle destination ; en concédant qu’ils puissent faire quatre voyages par an, cela fait quatre-vingt-seize voyages et une importation de 45,000 tonnes de viande environ.

C’est ici, et devant ce chiffre, que la question de la consommation des viandes exotiques se présente sous son véritable aspect. L’Angleterre accuse, en effet, un déficit de viande de 500,000 tonnes, soit dix fois ce qu’elle peut recevoir avec les moyens de transport dont peuvent disposer aujourd’hui, pour la satisfaire, les éleveurs exotiques ; il faudrait, pour combler ce déficit, doter de machines nouvelles cent navires au lieu de dix. Le déficit de la France, où pas une livre de viande exotique n’est encore entrée dans la consommation, est de 150,000 tonnes annuellement ; combien d’usines à congélation, combien de navires à construire ou à transformer, combien de docks à édifier pour préparer, transporter ou emmagasiner cette quantité considérable, qui exigerait trois cents voyages de steamers aménagés ! Et encore, la consommation de la France est-elle loin d’avoir dit son dernier mot ; on sait que l’habitant de Paris consomme en moyenne 72 kilogrammes de viande par an, qu’il en pourrait absorber le double, et que l’habitant des autres villes et des campagnes n’emploie que 30 kilogrammes de viande par an et par tête ; on peut dire que 30 millions d’habitans mangent de la viande par exception et plusieurs millions n’en mangent pas du tout.

Aussi, ce que nous trouvons à la fin de cette étude, qui nous a menés dans tous les pays du monde, qui nous a donné l’occasion d’en étudier très rapidement la production pastorale et l’économie de cette production, c’est cette conclusion consolante que les éleveurs de France et d’Angleterre peuvent encore, pendant de longues années, appliquer leurs soins, leurs capitaux et leur intelligence à développer leur art, si intéressant et si prospère, qui, pour celui qui en examine les progrès, apparaît comme une des manifestations les plus hautes du génie de l’homme, parvenu par sa propre science, à greffer des variétés d’animaux sur des espèces élaborées par la longue sélection à travers les révolutions du globe et les âges de la