Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/172

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Aussi n’hésite-t-il pas ! En quelques semaines, sans enquête et sans consultation préalable, il improvise deux énormes projets de loi : l’un sur la réorganisation des conseils universitaires, l’autre, « relatif à la liberté d’enseignement, » par antiphrase, bien entendu ; car la liberté n’est ici qu’une vaine et captieuse étiquette, bonne tout au plus pour en imposer aux badauds, et ce qu’on poursuit au fond, l’idée maîtresse, le but commun de ces deux projets, c’est le rétablissement du monopole universitaire. On ne l’avoue pas sans doute : il serait trop dur de s’infliger à soi-même, à trois ans de distance, un pareil démenti. Mais comment s’y tromper ? Dans la pensée du législateur de 1850, le conseil supérieur de l’instruction publique ne devait pas être un simple conseil universitaire ; il devait être, suivant l’heureuse expression de M. le duc de Broglie, « le conseil de la société, de la grande famille française ; » dès lors il importait qu’il fût libéralement ouvert aux représentans de toutes les forces sociales, et spécialement de l’église, de cette noble église de France, qui, pendant tant d’années, avait assumé dans ce pays la charge de l’éducation nationale.

A ces motifs, d’une portée générale et philosophique en même temps que fondés sur notre histoire, s’ajoutait d’ailleurs une autre raison, tirée celle-là des attributions disciplinaires et contentieuses des conseils universitaires, et dont les républicains de 1848 eux-mêmes avaient reconnu toute la force.

« Tant que la liberté d’enseignement n’a pas existé, disait alors M. Jules Simon, tout professeur était justiciable de l’université. Aujourd’hui, il n’en saurait plus être ainsi. S’il est nécessaire de placer auprès du ministre un comité consultatif, on ne saurait, sans violer la constitution, composer ce corps de membres de l’université. C’est là sans doute une vérité d’évidence et qu’on nous dispensera de démontrer. »

Tout autre est le point de vue, ou plutôt l’argumentation de M. Ferry. A ses yeux, la société n’existe pas par elle-même ; elle n’a ni ne saurait avoir de vie propre, indépendante, avec ses besoins particuliers, ses intérêts, ses habitudes, ses traditions, ses croyances ; elle se confond et s’absorbe dans l’état, seule entité réelle et seul corps doué de véritables organes. Pourquoi lui donner des représentans, lui reconnaître je ne sais quel droit de contrôle sur les méthodes et sur les matières d’enseignement ? Quelle serait d’ailleurs là compétence de ces représentans ? La mission des conseils universitaires est avant tout « pédagogique ; » donc il n’y doit figurer que des pédagogues.

Quant à l’objection de M. Jules Simon, la belle affaire, en vérité ! Si l’enseignement libre ne trouve plus dans une assemblée de