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II

De l’expulsion des jésuites à la réforme des études classiques, il n’y avait qu’un pas et ceci devait nécessairement conduire à cela. La démocratie n’a jamais beaucoup aimé les lettres, et, chaque fois qu’ils ont été les maîtres en ce pays, ses serviteurs ne les ont pas ménagées. En 1793, la Convention ne se contenta pas de supprimer les collèges et de prendre leurs biens, elle prétendit substituer à l’ancienne organisation des études un régime entièrement nouveau. On avait cru jusque-là que rien ne valait, pour la culture de jeunes intelligences, le commerce des anciens ; et le Ratio studiorum des jésuites avait traversé le XVIIIe siècle, et l’Encyclopédie sans en être entamé : la révolution elle-même, à ses débuts, l’avait respecté. Dans tous les projets d’instruction publique qui datent de l’époque jacobine, ce qui éclate à chaque ligne, au contraire, c’est le ferme propos d’affaiblir le plus possible et de restreindre la partie littéraire au profit des sciences. Condorcet, dans ses Instituts, voulait « faire des hommes modernes, adapter les intelligences aux nécessités du temps présent, » et s’il n’allait pas, comme le brillant et paradoxal auteur de la Question du latin, jusqu’à supprimer entièrement l’étude des littératures anciennes, il la tenait déjà pour « plus nuisible qu’utile. »

Lakanal et Daunou obéissaient aux mêmes préventions lorsque, dans leurs programmes pour les écoles centrales, ils réduisaient de huit à quatre le nombre des années consacrées à la grammaire et aux belles-lettres.

Le nouveau conseil supérieur de l’instruction publique ne pouvait manquer de reprendre la tradition révolutionnaire. Élus sous l’empire d’un mouvement d’opinion déréglé, après d’ardentes discussions provoquées, d’accord avec les bureaux, par quelques meneurs habiles, la plupart de ses membres étaient acquis à toutes les vues de l’administration. Seuls, pour faire échec à cette édifiante coalition, quelques hommes considérables, indépendans par caractère encore plus que de situation, mais incapables, vu leur petit nombre, de résister au courant réformiste. Effectivement le trait essentiel et dominant de la réforme de 1880, sa marque de fabrique, si je puis dire, c’est la prépondérance du français, des sciences et de l’histoire. Auparavant, et malgré la part de plus en plus honorable faite à ces études, les langues anciennes, le latin surtout, tenaient la tête. L’université, représentée par des philosophes et des hommes d’état qui valaient peut-être bien nos modernes pédagogues, n’avait jamais voulu consentir à le dépouiller de son rang. Ces esprits