Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/190

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de France eussent vanté la charte. Sous l’empire, elles eussent probablement célébré la constitution de 1852 comme le dernier mot de la politique et de la sagesse. Quoi d’étonnant qu’elles versent aujourd’hui du côté des institutions actuelles ? Quoi de plus naturel et de plus humain ? En matière commerciale, la première condition de succès, c’est d’être, comme on dit, dans le mouvement, dans le goût du jour : or l’article qui rapporte le plus en librairie, présentement, c’est le catéchisme républicain et les produits similaires. Les autres n’ont plus de marché ; qui serait assez fou pour en faire encore ?

Seulement, pour Dieu, qu’on cesse après cela de nous parler de neutralité. Des écoles où, sous prétexte de morale indépendante, règne la libre pensée, où, sous couleur d’instruction civique, se fait une véritable propagande révolutionnaire, de telles écoles ne sont pas plus neutres en religion qu’en politique, et l’obligation d’y envoyer ses enfans est bien la pire des sujétions pour beaucoup de Français, aux yeux desquels le culte étroit et borné d’une forme de gouvernement ne constitue pas un fond d’éducation large et solide. Le bigotisme n’a jamais fait que des sectaires : celui de la révolution comme les autres, et c’est bien la peine, en vérité, d’avoir renversé tant de gouvernemens au nom de la liberté, pour en venir à de tels excès contre la première de toutes : contre le droit absolu du père sur ses enfans mineurs en matière religieuse et politique ! J’entends bien l’objection : « Mais qui vous contraint, si vous n’avez pas confiance dans nos maîtres et dans notre enseignement, à les suivre ? Ce ne sont pas nos écoles, c’est l’instruction seule qui est obligatoire. » Oui, sans doute : il y a l’école libre, il y a même, au besoin, le précepteur, et des Français qui ont cinquante mille livres de rente. Il y a le budget de la charité privée, le clergé, les châteaux, la bourgeoisie qui commence à se dégoûter de Voltaire et qui donne. Et quand cela serait, quand il y aurait autant d’écoles libres que d’écoles publiques, quand les particuliers seraient assez généreux, assez riches pour tirer de leurs poches un milliard, après tous les sacrifices que vous leur avez déjà demandés dans l’intérêt de vos propres établissemens, en serez-vous justifiés ? Aurez-vous mieux compris votre devoir et mieux respecté vos propres doctrines ? Et ne voyez-vous pas ce qu’a de mesquin et de petit une politique qui consiste à mettre des milliers de pauvres diables entre leur conscience et leur intérêt, à les placer dans l’alternative d’envoyer leurs enfans à l’école officielle gratuite, ou de les mener à l’école libre payante, sauf à s’exposer à tous les tracas ? Non, non, ce n’est pas ainsi qu’en use un régime qui a la conscience de sa force et le sentiment de sa fonction. Ce n’est plus du