Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/192

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encore à cet homme admirable qu’en revient le mérite [1]. « C’est à lui, disait en 1867 un des ministres du gouvernement d’alors [2], que la France est redevable de la mise en pratique et de la vulgarisation de l’enseignement technique. De ses essais sortit un enseignement qui, s’il avait été régularisé, aurait avancé d’un siècle l’organisation de nos écoles d’adultes et même de l’enseignement secondaire spécial, dont notre temps s’honore à juste titre. »

Voilà pour le passé. Dans le présent que pouvait-on bien reprocher à l’institut ? Avait-il dégénéré ? Non, certes, car ses élèves, en dépit des préférences officielles, ont gardé dans tous nos concours et dans toutes les expositions une supériorité manifeste [3]. Pouvait-on critiquer ses tendances ? Jamais, si ce n’est un moment sous la restauration, il ne s’était mêlé de politique et n’avait pris parti dans nos querelles. Il allait, creusant son sillon, y jetant la semence à pleines mains et sans compter ; poussant chaque jour un peu plus loin ses conquêtes sur l’ignorance et sur la misère ; s’adressant de préférence aux déshérités de ce monde et ne demandant, au gouvernement quel qu’il fût, que le droit au dévoûment obscur.

Une seule fois, depuis bien des années, les frères avaient fait parler d’eux. C’était en 1870 et vraiment on aurait bien dû le leur pardonner. Il fallait plus que du dévoûment alors, l’heure du sacrifice était venue. En quelques semaines, l’institut jeta cinq cents des siens sur le champ de bataille de la défense nationale, et nos malheureux blessés virent arriver de toutes parts à leurs secours ces brancardiers tout de noirs vêtus, ces ignorantins ignorans de la peur et du danger, que ceux-là seuls ont pu représenter comme des ennemis de leur pays qui n’ont jamais entendu siffler une balle à leurs oreilles.

Serait-ce pas, en effet, à ces souvenirs importuns, serait-ce aux services que ses membres ont rendus pendant la guerre et qu’ils renouvellent tous les jours sur d’autres champs de bataille, en Afrique, au Tonkin, en Chine, aux Indes, que l’institut devrait le coup qui vient de le frapper [4] ? Qui sait ? Qui saura jamais pour quelle part est entrée dans les violences de ces dernières années l’humiliation de certains rapprochemens ?

Quoi qu’il en soit, il s’est trouvé dans ce pays de France, dans cette terre classique du courage et de la générosité, des chambres

  1. Il avait organisé vers 1698, à Paris et à Rome, des écoles dominicales d’apprentis et des pensionnats à l’usage des enfans se destinant aux carrières où la connaissance des langues anciennes n’était pas nécessaire.
  2. M. Victor Duruy.
  3. Lors de l’exposition de Vienne, en 1873, le rapport officiel autrichien constata leur incontestable supériorité.
  4. Ils ne possèdent pas moins de 205 établissemens à l’étranger.