Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/234

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de résister un peu sérieusement aux usurpations, aux illégalités du conseil municipal de Paris, c’est une bien autre question ! Qu’allez-vous parler du conseil municipal ? Si on se trouve en face des bons révolutionnaires parisiens réclamant une suspension de la loi pour une fantaisie électorale, on trouvera aussitôt quelque rubrique de diplomatie, — et ces faiblesses seraient en vérité quelquefois assez risibles si elles ne dénotaient une complète subversion de toutes les idées d’ordre légal et de gouvernement. Paris a une élection à faire pour remplacer M. Henri Rochefort, qui a trouvé, à ce qu’il paraît, qu’au Palais-Bourbon il y avait une compagnie un peu trop mêlée. Qui nommera-t-on ? Paris, le vrai Paris, il faut le dire, semble complètement désintéressé dans l’affaire, il ne s’en occupe même pas. En revanche, les comités démocratiques, socialistes ou radicaux ont deux candidats. Malheureusement un de ces candidats, M. Ernest Roche, qui est allé faire campagne dans la grève de Decazeville, a encouru une condamnation à quinze mois de prison, et bien entendu c’est pour cela, par bravade révolutionnaire, qu’il a été choisi. Il n’est encore condamné que par défaut, il est vrai, mais il est condamné. Le tribunal de Villefranche lui a de plus refusé la liberté provisoire et devant un jugement l’autorité administrative se trouve désarmée. Comment faire pour que le condamné puisse venir plaider sa cause devant ses électeurs parisiens ? Il y a jugement : qu’à cela ne tienne ! Entre les radicaux réclamant impérieusement la mise en liberté de leur candidat et un ministère de bonne composition qui ne demande pas mieux que de faire plaisir à ses alliés du radicalisme, il y a toujours moyen de s’entendre. On rusera avec la loi. M. le président du conseil se chargera de la négociation ; M. le garde des sceaux n’aura qu’un mot à dire, et le tribunal de Villefranche, désavouant son jugement de la veille, accordera la liberté provisoire qu’il avait refusée ! Cela s’est fait comme cela s’est dit, et on n’a pas vu qu’en procédant ainsi, on abaissait l’autorité publique, on humiliait la loi et la magistrature pour une fantaisie de candidature révolutionnaire. C’est ce qu’on appelle se préparer les moyens de refaire un gouvernement !

N’est-ce point, au surplus, le triste système que tous les ministères républicains, et le ministère d’aujourd’hui plus que tous les autres, ont suivi avec une inépuisable et dangereuse complaisance à l’égard du conseil municipal de Paris ? On veut avoir la paix, on ne veut pas se brouiller avec la remuante édilité, et, pour avoir la paix, on laisse passer toutes les fantaisies ; on subit les caprices d’une assemblée qui peut sans doute se dire la représentation légale de Paris, mais qui est bien la représentation la plus étrange de la première des villes de France. Il n’y a que quelques jours, comme on discutait à l’Hôtel de Ville sur la date de la prochaine session municipale, que le gouvernement seul a le droit de fixer, un des conseillers s’écriait avec