Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/340

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France des dîners de cent couverts. Il tranchait du héros, du négociateur, du protecteur surtout et de l’homme à principes. Ceux qu’il affichait se signalaient, par leur caractère radical [1] : la propagande lui paraissait, au demeurant, le moindre des dangers que la révolution française faisait courir à l’Europe ; le vrai péril venait des « monarchiens » et de leur « gouvernement métaphysique, » qui, s’il se consolidait « serait un exemple encore plus dangereux et servirait à bouleverser tous les trônes. » Sa logique poussait le raisonnement jusqu’aux conséquences extrêmes : la monarchie était tout à ses yeux, le monarque rien ; pourvu que le prince régnât absolument, son nom importait peu. « Il peut être égal, écrivait-il à Catherine, si c’est Louis XVI, ou Louis XVII, ou Charles X qui occupe le trône, pourvu qu’il soit relevé, pourvu que le monstre du Manège soit terrassé et que les principes destructeurs de toute autorité soient détruits avec cette infâme assemblée et le repaire infâme où elle a été créée. Le seul remède à cela, c’est le fer et le canon. Il se pourrait qu’à ce moment le roi et la reine fussent en danger, mais ce danger n’équivaudrait pas à celui de toutes les têtes couronnées que la dévolution française menace. » C’était la pure doctrine du salut public.

Les vues de Gustave ne se rapprochaient que trop de celles qui dominaient parmi les émigrés et jusque dans l’entourage des princes du sang. « Dégoûté de les voir. Il y a ici des joies indécentes ! » avait écrit Fersen en arrivant à Bruxelles, après le désastre de Varennes. « J’en ai trouvé beaucoup, rapporte Augeard, dans le même temps, qui me disaient que c’était un bonheur que le roi eût été arrêté ! » L’émigration n’avait plus démesure à observer. La captivité de Louis XVI la déliait d’une obéissance qui lui pesait, encore qu’elle la gardât fort peu. Les princes et leurs conseillers se trouvaient les maîtres de la « vraie France ; » ils

  1. Lettre à Stedingk, 10 juillet 1791, Geffroy, II, p. 174. — Lettre à Catherine, 9 juillet 1791, Feuillet de Couches, III, p. 399.