Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/357

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


et qu’il se soit constamment appelé Jean-Baptiste, il n’est pas douteux que l’acte de baptême du 15 janvier ne soit le sien : il exerça toujours et sans contestation d’aucune sorte ses droits de fils légitime, et, s’il fût né avant le mariage, ses parens n’eussent pas manqué, selon l’usage, de le reconnaître en se mariant. Quant au nom de Jean-Baptiste, il lui fut évidemment donné après la naissance de son jeune frère ; pour le distinguer de celui-ci ; il était tout naturel que, dans la même famille, l’aîné de deux Jean fût mis sous le patronage de Jean-Baptiste, le Jean par excellence, le premier de tous qui ait reçu le baptême chrétien. Il n’y a donc pas d’incertitude possible : Molière, né le jour même ou la veille, fut baptisé à Saint-Eustache, le 15 janvier 1622. Mais où était-il né ? Malgré l’assurance avec laquelle y répondent la plupart des moliéristes, cette question-ci est moins facile à résoudre. Sur la maison qui porte le numéro 96 de la rue Saint-Honoré, au coin de la rue Sauval, jadis rue des Vieilles-Étuves, une plaque de marbre apprend aux passans que « cette maison a été construite sur l’emplacement de celle où est né Molière. » Les mêmes passans doivent être fort étonnés, lorsque un peu plus haut, dans la même rue Saint-Honoré, à la jonction de la rue du Pont-Neuf, jadis rue de la Tonnellerie, ils lisent sur la maison qui porte le numéro 31 dans cette dernière rue : « J.-B. POQUELIN DE MOLIERE. Cette maison a été bâtie sur l’emplacement de celle où il naquit. » Les moins lettrés se font peut-être cette réflexion, qu’il y a eu deux Molière ; résultat fâcheux d’un trop grand luxe de plaques. La rue de Richelieu offre, du reste, un semblable sujet d’étonnement : au numéro 34, une plaque noire affirme que Molière est mort en cet endroit, et, à quelques pas de distance, une plaque blanche revendique le même honneur pour le numéro 40.

Si, pour les deux maisons mortuaires, la question est maintenant vidée au profit de la seconde, la même certitude ne saurait être invoquée pour l’une des deux maisons natales. L’acte de mariage de Jean Poquelin et l’acte de naissance de Molière donnent l’un et l’autre pour domicile à Jean Poquelin la rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Eustache ; or, les deux maisons à plaques, celle de la rue des Vieilles-Étuves et celle de la rue de la Tonnellerie, répondraient également à cette indication. On invoque au profit de la première un rôle des taxes levées en 1637 pour le nettoiement des rues sur les bourgeois de Paris et qui mentionne une maison « occupée par le sieur Jean Poquelin, marchand tapissier, faisant le coin de la rue, des Étuves. » Cette pièce prouve bien que le tapissier habitait au coin de la rue des Étuves quinze ans après la naissance de son premier enfant, mais pas du tout qu’il y habitât à l’époque de cette