Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/361

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gâter en le réduisant, il suffira de dire que tout chez les deux époux dénote l’ordre et le soin, par suite l’aisance et le bien-être, et aussi le goût des belles choses faites pour plaire et durer. Dans la grand’chambre, tendue de tapisserie de Rouen, cinq tableaux et une glace de Venise : décorent les murs ; les fauteuils et les chaises, garnis de petit point de Hongrie, sont proprement couverts de leurs « toilettes ; » tous les meubles portent la marque de cette richesse solide et sobre qui caractérise le style Louis XIII. Jusque dans les objets de simple utilité, comme les ustensiles de ménage, on devine le choix d’une ménagère attentive. Les vêtemens sont peu nombreux, car, passant de mode, ils ne doivent pas s’accumuler, et simples, la trop grande recherche dans la mise ne convenant pas à des marchands laborieux. Au contraire, grande abondance de linge, luxe discret et qui ne craint rien du temps. De même pour l’argenterie et les bijoux, qui font une valeur de 2,372 livres. Certains détails, enfin, nous mettent dans la confidence des vertus affectueuses et des sentimens chrétiens de la mère de famille : elle a « un petit coffret couvert de tapisserie, » dans lequel elle conserve le linge baptismal de ses enfans. D’autres nous montrent la bourgeoise éclairée et qui fit : avec la Bible, le livre par excellence, on trouve chez elle un Plutarque, le recueil d’histoires merveilleuses, où les enfans apprennent leurs lettres en s’instruisant de beaux exemples, et « plusieurs autres petits livres, » dont le détail ne nous est malheureusement pas donné.

Tout cela est clair, net, en bon ordre, loyalement mis en évidence par l’époux survivant. Il n’en est pas de même de ce qui va suivre.

L’inventaire touchait à sa fin, il ne restait plus qu’à dépouiller les papiers ; et il n’avait pas encore été question d’argent comptant, bien que, selon l’usage, le bordereau des espèces dût venir aussitôt après la vaisselle précieuse et les bijoux. Se pouvait-il, cependant, qu’un marchand aussi bien dans ses affaires que Jean Poquelin et obligé par son commerce d’avoir un capital disponible, fût aussi dénué de fonds ? Où donc cachait-il les siens ? Leur office terminé à Paris pour les objets mobiliers de la succession, les deux notaires se transportèrent à Saint-Ouen, dans une maison de campagne appartenant au père de Marie Cressé et où les époux Poquelin avaient une chambre. Ils n’y trouvèrent que le simple mobilier des installations de ce genre, avec six boules de buis et un paquet de verges, que Marie Cressé, mère prévoyante, y avait apportés, les boules pour amuser ses enfans, les verges pour les corriger, enfin, un coffre contenant juste assez de linge pour une villégiature de quelques jours. Or, aussitôt après la nomenclature de ces divers objets, on fit sur l’inventaire cette ligne,