Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/376

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Marie-Madeleine du premier lit, Catherine du second. Il avait marié, en 1651, Marie-Madeleine à son confrère et voisin, André Boudet, établi sous les piliers de la Tonnellerie, au Soleil d’or, un fort brave homme et très accommodant. Il aurait dû donner en dot à sa fille les 5,000 livres qui lui revenaient sur la succession maternelle : il se contenta d’en donner 3,200. Restait à pourvoir son fils et son autre fille. Avec Jean, il se tira d’affaire en lui cédant, par contrat du 14 septembre 1654, son fonds de commerce et le bail de sa maison des Halles, qu’il occupait lui-même depuis la Saint-Jean de 1643 [1]. Le fonds était évalué à 5,218 livres ; sur cette somme, Poquelin père tenait son fils quitte de 5,000 livres, « en conséquence de quoi le sieur Poquelin fils ne pourra demander aucun compte ni partage des biens de la succession de sa mère, mais en laissera jouir son père sa vie durant. » Ainsi, non-seulement Poquelin père se défaisait de ses marchandises à un bon prix, mais il se préservait, en ce qui concernait son second fils, de toute réclamation sur ses comptes de tutelle et sur la succession de Marie Cressé. Pour la maison, qui lui avait coûté 8,500 livres, il la louait 500 et il faisait insérer dans ce bail avantageux la clause suivante : « Le bailleur fait réserve, pour son logement, de la chambre au second étage sur le devant de ladite maison, jusqu’à ce que le preneur soit pourvu par mariage, lors duquel il la délaissera à son fils, lequel réciproquement sera tenu de livrer à son père une autre chambre telle qu’il plaira à icelui son dit père choisir et retenir sur le devant de ladite maison. » Ce n’est pas tout ; Poquelin père, s’assurant une autre commodité pour lui-même, impose une servitude fort gênante à son fils : « Le bailleur se réserve encore la communauté de la cuisine et du grenier de ladite maison, ensemble le passage libre pour lui et les siens par la boutique d’icelle. » Ainsi Jean Poquelin ne dépendra de personne dans cette maison, qui n’est plus sienne, et tout le monde y dépendra de lui. C’est l’idéal de l’indépendance.

Pour Catherine, le débarras fut encore plus facile et plus complet. Jean Poquelin en fit une religieuse et, comme avec son fils, il eut soin de se préserver pour l’avenir de toute réclamation. Catherine avait des droits sur la maison des Halles, achetée, comme on l’a vu, avec la dot de sa mère. Donc, le 15 janvier 1655, Poquelin père réunissait cinq membres de la famille Fleurette, oncles, tante et aïeule de sa fille, et leur exposait que, Catherine étant sur le point de prononcer ses vœux aux Visitandines de Montargis, il se déclarait prêt à lui payer une dot de 5,000 livres, pourvu que la maison « lui

  1. A. Vitu, la Maison des Pocquelins et la maison de Regnard aux piliers des Halles, dans les Mémoires de la Société de l’histoire de Paris, t. XI, 1885.