Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/403

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pour l’exactitude de ses recherches, M. de Neumann-Spallart, a fait ressortir que le commerce de céréales du monde civilisé avait plus que doublé de 1860 à 1879. L’ensemble de l’importation de céréales et de farine des nations de notre groupe de civilisation atteignait seulement 1,636 millions de marks (2 milliards 45 millions de francs environ) en 1869-70 ; il s’est élevé à 3 milliards 268 millions de marks (environ 4 milliards 85 millions de francs) en 1879 [1] ; depuis lors, il y a eu un léger recul.

Ce n’est pas seulement pour les grains que l’on constate un aussi prodigieux accroissement de l’offre, il en est de même pour la plupart des autres marchandises qui ont baissé de prix. La production totale du coton, qui était évaluée à 1,192 millions de livres de poids en 1840 et à 2,398 millions de livres en 1860, reste presque stationnaire pendant la période décennale suivante ; elle n’atteignait que 2,474 millions de livres en 1870, ce qui représentait seulement une augmentation de 3 1/2 pour 100 en dix années. La cause de ce faible développement était la grande perturbation où la guerre de sécession et la suppression de l’esclavage jetèrent la culture cotonnière aux États-Unis, mais ce ne fut qu’une crise passagère dont les effets disparurent au bout de huit à dix ans. Les plantations se reconstituèrent bientôt dans le Sud avec la main-d’œuvre libre : l’Union américaine, qui ne produisait que 1,540 millions de livres de coton en 1870, avait, en 1880, une récolte de 3,161 millions de livres de ce textile, et, pour l’ensemble du monde, la production s’élevait, dans la même année, à 4,039 millions de livres, soit 67 pour 100 environ d’augmentation dans le court espace de dix années. Cet accroissement, toutefois, est encore insignifiant à côté de celui de la production de la laine. Il faut planter le coton et le cultiver, tandis qu’il suffit d’ouvrir de nouveaux espaces aux troupeaux pour qu’ils multiplient, et avec eux leurs toisons. Une circulaire commerciale, émanant d’un des principaux courtiers de la place d’Anvers, établissait récemment d’une façon saisissante la relation des prix avec les quantités de laine importées en Europe. Si l’on considère les apports de laines coloniales provenant des trois principaux pays producteurs : l’Australie, Le Cap et La Plata, on relève qu’en 1864, les importations ne montaient qu’à 458,000 balles ; en 1868, l’importation double et atteint 879,000 balles ; les prix baissent alors à 1 fr. 35 et tombent même un instant, en 1869, à 0 fr. 85, le prix le plus bas que l’on eût connu. Pendant cinq à six ans, l’importation reste à peu près stationnaire ou du moins ne se développe que très lentement et les prix se raffermissent. Mais, en 1877, on se trouve en présence d’une importation beaucoup plus

  1. Uebersichten der Weltwirthtchaft ; Jabrgang, 1881-821 Stuttgart, 1884, p. 155.