Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/409

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moins longtemps retenu en voyage, ce qui équivaut à un accroissement de sa quantité réellement disponible. En outre, les modes de paiement par compensation, d’un marché à l’autre, sont devenus plus variés et plus abondans ; le simple développement des valeurs mobilières internationales permet de transférer d’une contrée à une autre des capitaux sans qu’un gramme d’or soit déplacé. Les billets de banque, dans tout pays, ont beaucoup plus pénétré toutes les couches de la population, et les chèques s’ont devenus partout un instrument plus habituel de paiement. S’entassant dans les grands établissemens de crédit, les métaux précieux subissent moins de déperdition soit par le frai, soit par les pertes matérielles, soit par la thésaurisation occulte. Le monde entier s’arrange ainsi de façon à faire de la monnaie métallique, soit dans la vie intérieure de chaque nation, soit dans les rapports internationaux, un usage de plus en plus restreint. Ceux qui ramènent à des phénomènes monétaires l’existence de la crise actuelle ignorent toutes ces choses qui sont constantes, visibles, et qu’un parti-pris tenace peut seul dissimuler à des spectateurs instruits. C’est donc une opinion singulièrement superficielle et déraisonnable que d’attribuer la baisse du prix des marchandises à d’autres causes que le défrichement de pays nouveaux, la mise en valeur de régions engourdies depuis des siècles et réveillées soudainement, le facile transport des capitaux produits dans les vieilles contrées et devenant beaucoup plus productifs dans les nouvelles, l’amélioration des voies de communication par mer et par terre, la baisse constante surtout du fret maritime et des tarifs de chemins de fers depuis un quart de siècle, enfin tous les perfectionnemens mécaniques, chimiques et techniques, accomplis dans la fabrication. A toutes ces causes permanentes de baisse s’en joint une accidentelle et temporaire : éprouvée par un état de crise qui dure déjà depuis quelques années, la spéculation s’est découragée, elle n’opère plus. La spéculation est aussi nécessaire au commerce qu’Achille l’était à l’armée des Hellènes ; c’est elle qui donne le mouvement, qui soutient les prix, qui met l’espérance au cœur ; sans elle tout languit. Il n’y aura de reprise sérieuse des affaires que lorsque la spéculation, si sottement maudite, sortira de sa tente comme l’impétueux Achille, et reviendra, reconstituée et confiante, se jeter dans la mêlée.


II

La crise dont souffre le monde n’a nullement une origine monétaire, c’est ce qu’il était indispensable d’établir. Des esprits d’ailleurs distingués ont jeté sur cette question tant d’obscurité avec d’incommensurables litanies sur la dépréciation de l’argent, qu’il