Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/408

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une œuvre qui date de bien peu de temps, puisqu’on ne l’a ouvert à la navigation qu’au mois de novembre 1869 et qu’il fallut d’assez nombreuses années pour construire une flotte à vapeur qui pût user de la voie nouvelle. Les tarifs de Suez ont, en outre, singulièrement diminué : en 1873-74, les droits de péage étaient encore en principal de 13 francs par tonne, et se trouvaient grossis par des droits de pilotage et autres qui portaient la taxe totale à plus de 14 francs. Depuis le commencement de l’année 1885, les droits de pilotage ayant été abolis et ceux de passage diminués, les navires n’acquittent plus que 9 fr. 50 par tonne pour traverser le canal. Enfin le fret maritime a baissé dans des proportions énormes. Je relève sur le Bulletin du canal de Suez que les cours du fret, dans la première période quinquennale qui suivit l’ouverture du canal, s’élevaient fréquemment à 3 livres 1/2 ou 4 livres sterling par tonne (82 à 100 fr.) de Calcutta en Europe, et à 1 livre 10 shillings ou 2 livres (37 fr. 50 à 50 fr.) de Bombay en Europe, tandis que, au début de l’année courante, ils sont tombés sur la place de Calcutta à 1 livre 10 ou 12 shillings (36 à 40 fr.), et à 15 ou 16 shillings (18 à 20 fr.) sur celle de Bombay. C’est une diminution d’au moins moitié. Qu’on y joigne l’effet de tous les procédés perfectionnés pour le chargement, le déchargement, tels que les élévateurs à grains et toutes les installations nouvelles des ports, on trouvera dans cet ensemble si varié et si concordant de circonstances une cause décaisse des marchandises bien moins problématique que la dépréciation du métal d’argent.

Quand on parle des métaux précieux, que notamment l’on signale la diminution de la production de l’or, et qu’on veut ramener à ce phénomène la baisse des prix, il est une autre considération dont il faut tenir compte. Il est inexact qu’il soit indispensable, pour le maintien des prix, que la quantité du métal précieux qui forme l’étalon soit légal, soit en usage, augmente en proportion de l’extension et, si nous pouvons ainsi parler, du volume du commerce. Une foule de découvertes récentes tendent à permettre l’économie des métaux précieux dans la circulation. Les télégraphes sous-marins, par exemple, qui enserrent de leurs câbles le globe presque entier et lui forment un filet dont les mailles seront bientôt très serrées, la connaissance plus exacte des courans maritimes, les percemens d’isthmes, les perfectionnemens de la machine à vapeur, diminuent l’usage des métaux précieux dans le commerce international. Qu’il faille expédier un million de francs en lingots d’Amérique en Angleterre, il n’y faudra que six à sept jours contre douze ou quinze il y a vingt ans. Des lingots d’or se rendront d’Australie dans la Grande-Bretagne en trente-cinq jours, au lieu de quatre-vingt-dix il y a un quart de siècle. L’or qui est ainsi sur les routes se trouve