Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/426

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L’empereur avait abrégé son séjour à Biarritz ; il était venu à Saint-Cloud pour se rapprocher de son gouvernement. Les résolutions à prendre étaient trop graves pour n’être pas pesées et discutées en conseil, d’autant plus que ses ministres étaient partagés sur l’urgence d’une intervention ; le maréchal Niel et le marquis de Moustier trouvaient, à l’encontre de leurs adversaires, que l’intérêt français devait passer avant l’intérêt italien. La convention du 15 septembre était violée, l’Italie avait méconnu ses devoirs, le pape était en danger, l’opinion en France s’indignait, elle demandait où s’arrêterait la condescendance de l’empereur ; il n’était plus possible, après toutes les défaillances de notre politique depuis le mois de juillet 1866, de se prêter à un nouvel acte de faiblesse. Les dépêches de Rome et de Florence devenaient pressantes, elles disaient qu’il n’était que temps d’aviser ; elles annonçaient aussi que le gouvernement italien renforçait son armée sur les frontières des états pontificaux, que le général Ricotti partait pour Terni et que l’amiral Ribotti prenait le commandement de l’escadre. Ces graves mesures montraient que l’Italie était résolue, malgré nos protestations, à passer outre et à pénétrer sur le territoire du saint-siège. Les résolutions viriles s’imposaient à la cour des Tuileries.

M. Nigra, depuis le retour de l’empereur, avait repris courage ; il ne désespérait pas d’ébranler ses résolutions. L’Italie était la corde sensible de Napoléon III et l’envoyé de Victor-Emmanuel savait la faire vibrer. La camarilla italienne s’attaquait à nos ministres de la guerre et des affaires étrangères ; sourdement elle minait leur crédit ; ses journaux réclamaient le remplacement « de funestes conseillers qui perdaient la France. » On évoquait la Prusse menaçante ; on persistait à prêter au comte de Bismarck de perfides desseins ; il n’attendait, disait-on, que le départ de notre escadre pour jeter le masque, prendre sa revanche de l’affaire du Luxembourg, et proclamer l’empire d’Allemagne. On prêtait au ministre prussien, suivant les besoins de la cause, les sentimens les plus opposés ; il était l’ami de la France, son allié naturel, il nous assurait la Belgique et nous cédait Mayence et le Palatinat tant que l’Italie n’était pas faite, mais depuis que l’Italie réclamait Rome, il ne songeait plus qu’à revendiquer l’Alsace, qu’à consommer notre ruine. Les adversaires de M. de Moustier et du maréchal Niel faisaient appel aux souvenirs de 1859 ; ils se constituaient les défenseurs de M. Rattazzi ; ils démontraient que notre intérêt nous commandait de ne pas le pousser à bout, qu’il fallait lui tendre la perche et lui faciliter les moyens de se soustraire à ses attaches révolutionnaires ; ils s’attendrissaient sur le sort du roi, ils le montraient atteint dans son prestige ; il importait de le sauver et de nous assurer par d’habiles concessions son