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Théâtre de l’Odéon : Le Songe d’une nuit d’été, traduit de Shakspeare par M. Paul Meurice, musique de Mendelssohn. — Théâtre de l’Opéra-Comique : Le Songe d’une Nuit d’été, opéra comique en trois actes, de Rosier et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas. — Théâtre de l’Opéra : M. Gayarre. — M. Antoine Rubinstein.


Le judicieux M. Jabot, ce Prudhomme genevois, a proclamé la réalité bien inférieure au rêve ! La représentation du Songe d’une nuit d’été, au théâtre de l’Odéon, vient de nous donner une nouvelle preuve de cette vérité. L’illusion, qui naît au théâtre, y meurt aussi. Plus d’une apparition, pâle fille des vagues rêveries, s’évanouit à la lumière crue de la rampe ; plus d’un papillon se brûle à ses flammes vulgaires. La mise en scène, même la plus soignée, la plus précise, loin d’aider notre imagination, ne fait parfois que la désenchanter, et les demi-vérités du théâtre peuvent être fatales aux chimères de l’esprit, comme les vérités de la vie aux chimères du cœur.

Nous le rêvions tout autre aux jours de notre adolescence, ce Songe d’une nuit d’été. C’était dans le coin le plus sombre de la salle du Conservatoire que nous l’entendions chaque année. Un orchestre, qui était alors le premier de Paris (et qui pourrait le redevenir en se donnant un chef digne de lui), jouait avec des nuances exquises cette musique de fées. Un public peu nombreux l’écoutait avec une dévotion, sincère ou affectée, mais du moins silencieuse ; le recueillement planait sur l’harmonieuse petite enceinte, et là-bas, derrière les lustres d’or, sur un fond rouge comme celui des fresques pompéiennes, souriaient doucement les muses, « les solitaires divines. » Cette intimité convenait à l’œuvre de Mendelssohn. Le titre nous en disait assez. Le Songe d’une nuit d’été ! ces mots évoquaient seulement en nous de vagues