Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/447

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Et, blanches, vous allez. Voici l’église proche.
Votre cœur bat plus fort ; plus fort tinte la cloche ;
Des vieillards attendris sont au pied de la tour.
Le porche est grand ouvert : entrez, vierges mignonnes,
Et puis faites, au bout de vos cierges de nonnes,
Brûlantes, rayonner des étoiles d’amour.

Extase ! doux effroi de volupté mystique !
Sous vos doigts frémira la page du cantique
Lorsque vous chanterez : « O doux Jésus, descends !
Ah ! viens, divin époux, le mêler à notre être ! »
Puis vous verrez trembler l’hostie aux mains du prêtre
Dans le vertigineux nuage de l’encens.

Recevoir dans son corps le Dieu qui fit la terre !
Filles, vous ignorez l’orgueil de ce mystère
Et vous préférez même au grand Ressuscité
Le beau Crucifié mourant sur la colline ;
Vous l’aimez pour son front que couronne l’épine,
Pour le grand trou qui saigne à son divin côté.

Et surtout vous aimez l’Enfant rose qu’inonde,
Comme le tendre agneau, l’or de sa toison blonde,
Qui s’en vint tant de fois sourire à vos berceaux,
Avec ses yeux si clairs, quand vous étiez petites.
N’est-ce pas pour cela que vous tressaillez, dites,
Filles qui frissonnez sous les sacrés arceaux ?

Vainement la Raison succède à la Foi morte.
A votre souvenir que nul souffle n’emporte,
Qui n’a senti vibrer comme un rayon d’Éden !
Chantez, vierges ! Demain l’été fera sa gerbe ;
A l’automne, les fruits mûrs tomberont dans l’herbe ;
Chantez au blanc printemps votre premier hymen !

JULES BRETON.