Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/471

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Les esprits ; et qu’il ait, dans la joie ou l’ennui,
Ces amis inconnus toujours penchés sur lui !

Tudieu ! quel philosophe et quel philanthrope ! Puck, le joyeux petit drille, qui ne pensait à l’homme que pour lui faire des niches, va bien s’ennuyer à sa cour !

M. Paul Meurice a lesté de plaisanteries dans le goût romantique l’esprit de Shakspeare :

Quoi ! pour faire, à travers les grandes zones bleues,
A peine deux ou trois méchantes mille lieues,
Dix minutes déjà ! Ce Puck, lutin de l’air,
Devient aussi lambin que la foudre et l’éclair !

Il en a mis bien d’autres ! sans doute, pour rajeunir son collaborateur. (C’est pour la même raison, évidemment, qu’il force les rôles des comédiens et leur fait dire : « Ah ! mon bon ami, ne me prends pas mes effets ! » — Alors c’est une pièce moderne ? Le public la trouve enfantine.) Bottom refuse d’abord d’aller dans ce bois parce qu’il est a empoisonné d’un tas de fleurs, » et « parce qu’il y a là un ramassis de fauvettes et de rossignols qui vont gueuler toute la nuit : » (n’est-ce pas une calembredaine de Mürger, et qui a traîné dans les petits journaux ? On s’étonne que Shakspeare l’y ait volée ; ) Mais surtout ce bois est a infesté de fées, et ces personnes sont connues pour être sans l’ombre de moralité. » Il y va cependant ; à la vue de Titania, il glapit : « Allons ! bon ! je me cogne à une fée ! » (Est-ce au Châtelet ou à la Gaité que j’ai entendu un Cocorico XXIV quelconque s’écrier : « Allons ! bon ! encore une étoile dans mon assiette ? ») Quand les fées l’entourent, il soupire : « Ah ! misère ! toute la bande à présent ! » Et il avertit la reine que « toutes ces gyries-là, ça ne charme pas ses yeux, ça les brouille. »

Voilà bien, tombé dans le vaudeville, le grotesque du drame romantique. Traduite et réduite en cette langue, la scène délicieuse et cruelle qui se joue dans le bosquet fleuri de Titania n’est plus qu’un tableau de la Belle et la Bête, féerie par MM. X… et Z… pour les petits enfans. Et, après ce tableau, que reste-t-il de la promenade de Thésée dans le bois avec le père d’Hermia ? Et de la représentation à la cour, si curieuse en elle-même, et sans laquelle ni la distribution des rôles ni la répétition n’ont plus de sens ? Et du couplet final de Puck, adressé au public, en manière d’excuses, pour déclarer le genre de l’ouvrage : « Si nous, ombres que nous sommes, nous avons déplu, pensez seulement, — et ainsi tout sera réparé, — que vous étiez endormis ici pendant que ces visions apparaissaient. Messieurs, soyez indulgens pour ce thème faible et futile qui ne peut rendre rien qu’un rêve. » De tout cela il ne reste rien. Après le tableau final, une apothéose,